5 rue de Thorigny 75003 Paris
jusqu’au 6 septembre 2026

Le Musée National Picasso-Paris présente une exposition consacrée à Henry Taylor, l’une des figures majeures de la peinture américaine contemporaine. Cette exposition, conçue avec l’artiste lui-même, embrasse l’ensemble de sa trajectoire artistique tout en poursuivant l’exploration de la réception de Pablo Picasso sur la scène américaine à la suite des expositions consacrées à Faith Ringgold (2023), Jackson Pollock (2024) ou Philip Guston (2025), et avant la grande rétrospective consacrée au mouvement de la Harlem Renaissance (printemps 2027).

« All you can do is tell the truth. » (La seule chose que tu puisses faire, c’est dire la vérité). C’est sous cette injonction qui lui est faite lors d’un rêve, qu’Henry Taylor a placé son œuvre. Né en 1958 en Californie, l’artiste vit et travaille aujourd’hui à Los Angeles.

En près de quarante ans, il a développé une pratique qui englobe peinture, dessin, sculpture et installation, ancrée dans l’observation attentive des personnes, des environnements et des expériences qui l’entourent. Au moyen d’un langage visuel libre et inventif, il capte des présences, des histoires, des atmosphères et des réalités sociales.

Par ses sujets et récits, par son style, Henry Taylor confère à son œuvre un souffle épique fort et singulier. Sa peinture et ses installations dressent ainsi un constat lucide sur notre époque – la pauvreté, les inégalités raciales et sociales, la vie urbaine et suburbaine –, tout en déclinant une réflexion plastique sur la force et la tradition de la peinture moderne. Très tôt, l’artiste s’empare d’objets – boîtes de céréales, paquets de cigarettes, meubles, valises ou caisses de transport.

Plus que de simples esquisses, ils sont des archives visuelles qui révèlent sa manière étonnante de faire surgir un récit à partir d’éléments ordinaires, voire triviaux. Au fil de sa carrière, cette pratique évolue vers l’usage du réemploi dans des sculptures et des assemblages où la poétique du quotidien devient un terrain de jeu formel et narratif, mêlant humour et associations symboliques.

Henry Taylor explore ainsi la puissance poétique et critique du matériau trouvé au travers d’assemblages qui font écho aux Combines de Robert Rauschenberg, aux œuvres de Noah Purifoy ou de David Hammons, pour qui les objets du quotidien deviennent des vecteurs de mémoire sociale et d’expérience vécue.

Les peintures figuratives chez Henry Taylor, souvent dépouillées, frontales, concentrées sur la figure, amplifient l’intensité psychologique des personnes représentées. L’artiste peint ses proches, des inconnus croisés dans la rue, des personnes marginalisées, mais aussi des figures célèbres ou historiques, toutes abordées sans hiérarchie de statut social. La forme elliptique et ramassée de ses peintures, d’une grande efficacité plastique, s’inscrit dans une histoire plus vaste de la figuration.

Elle puise dans une multiplicité de sources : de la tradition classique du portrait peint, Manet, Picasso ou Max Beckmann, aux grandes figures de la peinture américaine historique ou contemporaine, de Jacob Lawrence à Alice Neel ou de Horace Pippin à Philippe Guston. Il se décrit comme un chasseur-cueilleur d’images, de personnes et d’objets.

Ce recueil du réel lui permet de construire une sorte de chronique sociale et de « peinture d’histoire » originale, celle des laissés-pour-compte, des marges, des banlieues… L’œuvre de Henry Taylor semble relever d’un « réalisme imaginaire » : l’artiste élabore des recompositions où mémoire, archive, histoire et imaginaires personnels et collectifs entrent en résonance.

Cette démarche de reprise, parfois explicite, parfois plus allusive, est au cœur des dialogues qu’il engage avec des artistes comme Édouard Manet, Henri Matisse ou avec la tradition du nu. Parmi ces références modernes, Pablo Picasso occupe une place particulière. À l’instar des mutations inaugurées au début du XXème siècle. Il joue ainsi avec les ambiguïtés de la référence africaine dans l’une des œuvres clés du modernisme occidental.

Le travail de Henry Taylor s’inscrit dans une culture visuelle contemporaine et populaire, tout autant marquée par la publicité, la photographie, la vidéo ou les représentations artistiques et cinématographiques. Il s’inspire souvent d’images largement diffusées par les médias dans des moments de tensions sociales et raciales, des images qui frappent l’opinion et entrent ainsi dans l’imaginaire collectif.
Plutôt que de les reproduire littéralement, Taylor explore la puissance de la peinture comme outil réflexif, comme geste accusatoire et comme espace de transfiguration du réel. Plutôt que de reproduire ces images telles quelles, Taylor rend visibles les réalités qu’elles documentent – inégalités, violences, discriminations – et leur persistance dans notre société.

Par la couleur, le geste et la matière, ses œuvres offrent un espace où ces images sont portées et transformées : ni effacées, ni amplifiées de manière sensationnelle, mais intégrées dans une expérience visuelle nouvelle, devenant ainsi vectrices de vérité et d’hommages. Il reste peu de temps pour aller découvrir cet artiste passionnant habité par son temps !










