
Voilà deux derniers albums chez ce producteur /distributeur atypique : Aparté
Concertos Schumann- Grieg avec Reed Tetzloff au piano, l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg, dirigés par Sir Eliot Gardiner.
Alessandro Scarlatti : Vieni, O Notte, Francesca Aspromonte, Arsenale Sonoro, Boris Begelman, violon et direction

Ce sont donc deux concertos célèbres de l’époque romantique, énormément joués et enregistrés. Ce n’est pas une énième version que propose Gardiner. Lorsque l’on connait sa carrière, ses recherches de l’authenticité en musique baroque (Bach, Purcell…) ses choix des instruments pour aborder Berlioz, son goût pour retrouver le son de la musique française du XIXème siècle, son choix de ces deux œuvres n’est pas innocent. La rencontre entre le pianiste Reed Tetzloff et Sir John Eliot Gardiner, recèle donc quelques surprises. On ne connait pas trop Tetzloff. Nous avions eu la chance de le rencontrer au concert magnifique qu’il avait donné au Musée Jacquemart-André – voir sur le site du 23-25 juin 2025 – Le choix d’enregistrer une version intermédiaire rarement entendue du Concerto de Schumann offre un aperçu de l’évolution de l’œuvre et éclaire d’un jour nouveau le processus de composition de Schumann ainsi que sa relation avec Clara, véritable collaboratrice artistique. Reed Tetzloff avec une grande autorité, ne tombe pas dans une interprétation bourrée d’affectes. Gardiner veille au grain ! Cet album ne demande pas l’adhésion béate et immédiate. Il faut qu’on s’y installe et le silence revenu, laisse une empreinte durable, profondément musicale. C’est souvent les meilleurs qui vous font cet effet !

On peut retrouver Reed Tetzloff chez Aparté avec un album Beethoven. Avec Gardiner il va enregistrer le troisième concerto de Rachmaninoff et de Bartók. Encore une belle surprise.

Alessandro Scarlatti — Vieni, o notte Vieni, o notte, e stendi il nero velo
Viens, ô nuit, et étends ton voile noir Su le mie pene, su l’affanno mio; Sur mes peines, sur mon tourment ;
Che sol nell’ombra il core oppresso
Car ce n’est que dans l’ombre que le cœur oppressé Può respirar senza martìro. Peut respirer sans martyr.
Ici, on est loin de la nuit berceuse ou romantique. La nuit est une alliée, presque une confidente : elle protège, elle cache, elle permet la survie intérieure. La lumière est implicite-ment hostile, l’ombre devient refuge. Vieni, o notte est l’aria centrale de la cantate Notte ch’in carro d’ombre (H. 480), œuvre de chambre composée par Alessandro Scarlatti (1660-1725), l’un des maîtres du baroque italien. Cette pièce pour soprano solo, deux violons et basse continue illustre typiquement l’art scarlattien de mêler affects profonds, lignes mélodiques expressives et climat dramatique : ici, c’est la nuit qui devient théâtre des émotions. La cantate allie récitatifs et arias dans une alternance dramatique classique du XVIIème siècle, commençant par une sinfonia qui installe immédiatement l’atmosphère nocturne. Le texte et la musique créent un contraste subtil entre la douceur invitante de la nuit et l’ombre des passions humaines, révélant la profondeur expressive que Scarlatti sait imprimer à ses lignes vocales. La soprano Francesca Aspromonte, déjà connue pour sa présence dans le répertoire baroque, signe avec Vieni, o notte sa première grande réalisation discographique pour le label Aparté. Après une formation internationale (Mozarteum de Salzbourg, Accademia Nazionale di Santa Cecilia à Rome) et de nombreuses collaborations avec des ensembles spécialisés, Aspromonte explore ici un répertoire où voix et texte dialoguent étroitement. Avec l’ensemble Arsenale Sonoro et le violoniste-chef Boris Begelman qui l’accompagne avec une grande discrétion et intelligence, elle propose une lecture vivante de cette cantate nocturne : les récitatifs conservent leur force dramatique tandis que les arias, dont Vieni, o notte, sont rendues avec finesse et sensibilité. Ce qui frappe chez elle c’est une diction italienne ciselée, presque parlée, un vibrato maîtrisé, elle arrive à retenir l’émotion, elle murmure, on est dans la confession. Pour elle la nuit est une présence physique non comme un symbole. Cet album, compile plusieurs cantates et sonates de Scarlatti autour de l’idée de la nuit et des amours contrariées. Il illustre aussi l’art du compositeur à peindre des affections intenses avec une économie de moyens orchestraux mais avec une grande richesse expressive. Scarlatti, était célèbre pour ses opéras et son rôle fondamental dans la musique napolitaine, grâce à des interprètes sensibles comme celui-ci à l’esthétique baroque authentique ses œuvres de chambre sont chantés de nouveau et brillamment










