
place Valéry Giscard D’Estaing
Le 27 janvier 2026, 12h30

Sandra Bernhard a initié une très belle idée d’associer au Musée d’Orsay un ou une artiste mis en exposition temporaire avec un ou plusieurs compositeurs, compositrices, de la même époque. En association avec la Cité des Compositrices, Manon Galy violon, Léa Hennino alto, Héloïse Luzzati violoncelle, Célia Oneto Bensaid piano ont proposé à partir de La Chasse Aux Papillons tableau de Berthe Morisot (1841-1895) un programme de compositrices, très peu jouées aujourd’hui, le Quatuor avec piano, op. 9 de Louise Héritte-Viardot (1841-1918) et un Quatuor avec piano de Marie Jaëll (1846-1925). Cette dernière, élève de Franck et de Saint-Saëns, pianiste très connue en son temps, a énormément jouée avec son mari lui aussi pianiste reconnu. Elle s’est trouvée veuve à 35 ans, et c’est la composition qui la passionnait. Saint-Saëns écrivit : « Mme Marie Jaëll ne veut plus que l’on parle de son talent de pianiste. Elle en est rassasiée et ne vise qu’à la haute composition. Ses premiers essais ont été tumultueux, excessifs, quelque chose comme l’irruption d’un torrent dévastateur ». Á l’écoute de son quatuor on ne peut qu’acquiescer à cette analyse. Le début du quatuor est rugueux et annonce la suite. La partie du piano est assez impressionnante et la version que propose ce quatuor féminin est magnifique. Une belle œuvre qui est pas mal enregistrée.

La recherche des compositrices peu jouées est devenu à la mode. Ce genre de mouvement dans l’histoire de la musique n’est pas nouveau. La musique baroque avait totalement disparu des concerts, Bach, Vivaldi, Monteverdi…connait pas et encore moins toute la musique des compositeurs napolitains (Porpora, Vinci, Pergolese ….). Cette recherche dans les années soixante de compositeurs inconnus et comment les interpréter a remis à la mode cette musique du XVII-XVIIIème siècle et a fait éclater la vente des vinyles. En conséquence la naissance de tas de musiciens, de chanteurs, d’orchestres plus ou moins bons. Le répertoire pour les violonistes, les pianistes est assez réduit ainsi que pour les trios, quatuors (combien de versions d’intégrales des quatuors, trios, sonates, concertos symphonies de Beethoven, Brahms, Mozart, Mahler, Chopin, Debussy, Ravel…), l’arrivée du CD était une chance pour l’industrie musicale. La musique en ligne a fait des dégâts auprès des artistes. Depuis quelques temps du fait des mouvements féministes, c’est une nouvelle aubaine pour les concerts, une niche musicale où les artistes, comme pour le baroque sont à la recherche des compositrices plus interprétées; voilà une bonne idée pour ne pas jouer sans cesse le quatuor de Ravel ou celui de Debussy. Chostakovitch ? Connait pas. Alors au contraire de ce qui s’est passé avec la magnifique et talentueuse compositrice Elisabeth Jacquet de la Guerre chez les baroqueux, on écoute un peu trop religieusement des compositrices peu intéressantes sur le plan musical – bon qui écoute les intégrales des concertos ou symphonies de mâles comme Saint-Saëns, Honegger, Reynaldo Hahn, D’Indy, cette musique fin XIXème siècle ennuyeuse au possible. Bon pourquoi ces digressions ? Pour dire qu’on ne peut pas infliger au public des œuvres sous prétexte qu’elles sont écrites par des compositrices oubliées. Le public écoute et n’ose rien dire. Est-ce que ce quatuor de Madame Louise Héritte-Viardot face au talent de Berthe Morisot qui vaut largement Manet – elle lui a dit qu’elle avait plus de talent que lui ahaha – est à la hauteur de cette grande artiste? On peut en discuter. Il faut vraiment de superbes musiciennes comme l’on a entendu à Orsay, pour que l’on ne s’endorme pas. Leurs disques sont intéressants pour ceux qui veulent découvrir ces musiques d’hier. Nous on attend que ces magnifiques artistes s’intéressent plus aux compositrices vivantes d’aujourd’hui et elles peu jouées ou carrément inconnues. Mais là on sort du cadre d’Orsay et puis il faut payer les droits d’auteur, trouver des lieux etc etc et on se trouve face à d’autres problèmes…À suivre donc
Le prochain concert est le 17 février 2026 : Un concert inspiré par La Crique mystérieuse d’Anna Boberg avec Raphaëlle Moreau et Natanaël Gouin










