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« CLARA, ROBERT, JOHANNES » : YVES HENRY – AUGUSTIN DUMAY

Au même moment nous avons reçu un album avec des compositions de Robert et Clara Schumann et un autre avec le Concerto pour violon op. 77 couplé avec Le trio pour piano et cor op.40 de Johannes Brahms, l’ami très cher du couple Schumann puis l’amant transi de Clara jusqu’à sa mort. En 1856, l’année du décès de Robert, Johannes écrit très clairement : « Ma bien-aimée Clara, je voudrais, je pourrais t’écrire tendrement combien je t’aime et combien je te souhaite de bonheur et de bonnes choses. Je t’adore tellement que je ne peux pas l’exprimer. Je voudrais t’appeler par des « chérie » et d’autres termes affectueux sans en être rassasié, pour te courtiser. (…) Tes lettres sont pour moi comme des baisers »                                                                                                                                             Avec ce trio Clara/Robert/Johannes et cette coïncidence musicale, on est donc en plein romantisme.

L’album de famille en quatre disques Clara Robert Schumann rapports croisés, cœurs enlacés proposé par le superbe pianiste Yves Henry (Soupir éditions S253 ) est conçu comme une fresque chronologique –  CD1 :  Florestan-Euseubiuset l’enfant -ange (1831-1835) avec des compostions de Clara Wieck et le Carnaval de Robert Schumann – CD2 : Séparations et métamorphoses (1836), les fiançailles s’éternisent, Ballets des Revenants de Mademoiselle Wieck, la Sonate op.11 et le Concert sans orchestre op.14 de Schumann  – CD3 : Le douloureux temps des fiançailles (1836-1840), papa Wieck toujours pas d’accord pour le mariage ! Mazurka, Notturno, Romance de Clara, Chopin n’est pas loin, Davidsbündlertänze op.6, Novelette, Romance de Robert – CD4 : L’esprit de communauté (1840- 1856) Concerto pour piano et orchestre op.54, de Robert, une version en direct avec l’orchestre de Zwickau, dirigé par Albretch Hofmann, Henry grandiose ; Clara Schumann ne va plus beaucoup composer, c’est une femme, elle doit être mère avant tout (huit enfants !). Cet album montre combien ce couple était en parfaite symbiose, l’évolution de leur langage artistique, de leurs premières années de passion et de lutte contre Wieck père, jusqu’aux chefs-d’œuvre de la maturité. Yves Henry c’est très bien organiser ce genre de concept. Il l’a fait pendant des années avec Chopin – voir les articles à ce sujet sur le site – Et puis Schumann, il ne l’a jamais abandonné depuis ses études au conservatoire, ses albums qu’il a enregistrés et le grand prix du concours Schumann qu’il a obtenu en 1981. Comme à son habitude avec ce talent qui est le sien, il offre une lecture sensible, parfaitement encadrée, avec des moments de pure beauté. Il permet de découvrir des joyaux cachés du répertoire de Clara, souvent restés dans l’ombre de Robert. On connait ses exigences en matière de choix de l’instrument. Il a choisi un piano Fazioli moderne afin d’insuffler une clarté et une force dramatique. Ce coffret, ce retour vers l’univers germanique, ce dialogue amoureux après ceux de Chopin, est une très belle réussite pianistique.

Robert Schumann (1810-1856) à propos de Johannes Brahms (1833-1897)  « Il est venu cet élu, au berceau duquel les grâces et les héros semblent avoir veillé. Son nom est Johannes Brahms, il vient de Hambourg… Quand il inclinera sa baguette magique vers de grandes œuvres, quand l’orchestre et les chœurs lui prêteront leurs puissantes voix, plus d’un secret du monde de l’Idéal nous sera révélé ». Schumann n’aura pas le plaisir d’entendre les œuvres symphoniques de Brahms. Clara Schumann (1819- 1896) suivra la carrière de Johannes Brahms. Ils mourront à un an d’écart ! Le concerto pour violon de Brahms op.77 (1878) a eu des difficulté à être conçu, il passe pour être une composition compliquée à jouer. Augustin Dumay a attendu d’avoir un certain âge pour l’enregistré alors que toute sa vie il l’a accompagné – il a eu son premier prix du Conservatoire de Paris avec le dernier mouvement, il avait treize ans ! -. Il l’a joué sous la direction de grands chefs et tous comme il le dit avait une approche différente. Ici c’est avec le grand symphoniste Eliahu Inbal et le Philharmonia Orchestra de Londres qui l’accompagne. On ne peut qu’être ravi d’avoir cet orchestre et ce chef pour enregistrer cette œuvre, une des plus importantes du répertoire du violon. Tous les plus grands, grandes, l’ont enregistré. Il nécessite une puissance symphonique où se succèdent vaillance, lyrisme, élans héroïques, virtuosité époustouflante. Brahms a laissé la place de la cadence vide, laissant le soin à ses interprètes de la réaliser comme ils l’entendent. Cette version est loin d’être d’une virtuosité extrême, il y a du romanisme contenu, de la nostalgie (dans le second mouvement) plutôt que de la brillance, le finale, est un rien sage, Augustin Dumay aurait gagné à se déboutonner un peu plus. Le son de son violon est toujours aussi magnifique et Inbal va dans le même sens que lui. Le trio pour cor op.40 est superbe ; David Guerrier s’en donne à cor joie, Frank Braley entre dans la danse avec folie ! Augustin Dumay aime la musique de chambre et il le prouve dans ce trio. Brahms est un grand chambriste, plus qu’un symphoniste n’en déplaisent aux amoureux de ses symphonies, qu’en pense Geoffroy-Couteau ? (ahahah)

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