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« FEMMES À L’HONNEUR » : BOULANGER – JAËLL

©DR

Depuis quelques temps et quel que soit leur talent, on ressuscite des compositrices.  C’est devenu presque obligatoire, d’avoir en concert, en récital, une œuvre de Chaminade, Bonis, Sohy, Mendelssohn, Monk, Tailleferre, Viardo, Boulanger, etc. etc…Certaines ont quand même résisté à la misogynie ambiante comme Schumann, Jolas, Goubaïdoulina, Saariaho, Unsuk. Sous les doigts de Vivian Goergen, pianiste luxembourgeoise-suisse,

Hänssler Classic ( HC 24004) propose 18 pièces pour piano d’après la lecture de Dante (1894) de Marie Jaëll (1846-1925). Enfant prodige, elle a fait un passage éclair au conservatoire, une carrière stupéfiante en tant que pianiste ainsi qu’avec son mari, Alfred Jaëll, virtuose lui aussi. Si talentueuse, elle pouvait interpréter le répertoire de ce diable de Liszt ! Elle a énormément composé, c’est ce qu’elle préférait. Si elle avait eu un nom d’homme elle aurait été sur tous les pianos dixit Franz Liszt ! Elle a écrit une méthode de piano qu’elle a intitulé Le Toucher et qu’il est important de connaître pour bien jouer ses pièces. C’est une manière très particulière d’aborder son œuvre.  Tout ce qui est inconscient est imperfectible disait-elle – les sciences neuropsy étaient très à la mode à l’époque – Savoir comment préparer ses mains pour exprimer ce langage des sons, cette prise de conscience entre le, la, pianiste à son instrument, trouver une résonnance plus profonde tels sont les enseignements que voulait donner cette compositrice très originale. Viviane Goergen, se consacre depuis longtemps à la redécouverte de compositrices importantes du début du XXème siècle et donc de Marie Jaëll. Elle s’est plongée, doigts les premiers, dans ces pièces découpées en trois chapitres d’après Dante : L’Enfer, Le Purgatoire et Le Paradis. Qu’entend-on dans ces trois univers ? Telle est la question que s’est posée musicalement Jaëll. C’est avec une discipline nécessaire, une remise en question de sa manière de jouer du piano que la pianiste Goergen a abordé ces compositions. Malgré les difficultés pianistiques, la compréhension de ce que veut exprimer lMarie Jaëll, le résultat est à la hauteur du défi que s’est lancé cette magnifique artiste. Ce disque est pratiquement le seul qui existe sur le marché ! Indispensable donc pour tout amateur de musique classique. Un must!

PS le livret est très intéressant sur Jaëll /Goergen

Les hommages à Nadia Boulanger sont pléthoriques. Juliette Nadia Boulanger (1887-1979) a été durant plus de soixante-dix ans l’un des professeurs de composition les plus influents du XXème siècle, comptant parmi ses quelques 1 200 élèves plusieurs générations de compositeurs, tels Copland, Gershwin, Glass, Piazzolla, Legrand, Jones, Shiffrin…  Son activité musicale est étroitement liée à celle du Conservatoire américain de Fontainebleau qu’elle dirigea de 1949 jusqu’à la fin de sa vie. Avec cet album il est très original. C’est la bassoniste Lola Descours qui le propose chez Indésens Calliope Records (IC 039). Première lauréate pour son instrument au prestigieux concours russe Tchaïkovski en 2019, Lola Descours mène une brillante carrière internationale. Avec son trio ABC – Elodie Soulard, accordéon, Ulysse Vigreux, contrebasse – Paloma Kouider au piano, ou l’Octuor de France, elle propose des œuvres de compositeurs qui ont tous eu des rapports musicaux avec cette Reine de la Musique comme la surnommé Léonard Bernstein. Alors on peut entendre Une suite italienne sur Pulcinella  de Stravinsky, une Sonate pour basson et piano de Saint-Saëns, ou un Divertissement pour basson et quintette à cordes de Jean Françaix. On peut écouter des œuvres assez courtes de Lilly et Nadia Boulanger, bien sûr, du Fauré, Copland et Glass, mais aussi, plus amusant, Maria le célèbre air de West Side Story, ou une autre de Buenos Aires composé par Piazzolla. et même du Cosma, du Legrand. Cette diversité stylistique n’est pas pour nous déplaire et donne à cet album de la légèreté qu’on n’attend pas forcément à la sonorité du basson. Une manière de l’aimer plus encore. Un très beau disque avec des surprises et puis un bel hommage.

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