«LOUVRE» : DA VINCI SUPER STAR !

Leonard De Vinci au Louvre

Du 24 octobre 2019 au 24 février 2020

Exposition uniquement sur réservation sur www.ticketlouvre.fr

DES ATTENTES ET DES DEFIS

Cette exposition tant attendue, qui constitue un véritable défi, ouvre enfin ses portes et attirera un public particulièrement nombreux et hétéroclite lié au caractère mythique de l’auteur du plus célèbre portrait du monde (1).

La Joconde © RMN-Grand Palais / musée du Louvre / Michel Urtado-jpg

Un défi parce qu’il s’agissait de réunir des œuvres fragiles, détenues par des institutions diverses. Des œuvres rares aussi. De Vinci a finalement peu peint. On dénombre une vingtaine de peintures, en comptant celles co-executées avec ses élèves. Ainsi on sait qu’il y eut quelques frictions avec l’Italie, dont certains responsables politiques appréciaient peu que ce soit la France qui organise l’anniversaire de la mort de « leur » génie. C’est oublier que Léonard est pourtant mort en France, sous la protection du Roi François Ier, au château d’Amboise, où il apporta trois de ses chef-d’œuvre incontestables : le portrait de Lisa Del Giocondo, celui de Saint Jean Baptiste, et la Sainte Anne.

Mais cette légitimité a du être défendue par les commissaires d’exposition qui ont travaillé 10 ans pour nous offrir cet hommage. Sans en atténuer le  mérite, Le défi lié à l’organisation ne doit pas faire oublier celui relatif au personnage lui même.

Léonard De Vinci n’est pas seulement un artiste, un inventeur. C’est devenu un mythe, qui dépasse de beaucoup le personnage historique. Une figure fantasmatique dont chacun a une vision plus ou moins déformée par les fictions, les polémiques, les scandales d’argents.

Atelier de Leonard De Vinci Salvator mundi (Ancienne collection Ganay)

La version du « Salvator Mundi »  vendue 450M$ par Christie’s, qui devait être exposée au Louvre Abu Dabi, et qui était espérée dans notre exposition française, conserve une attribution contestée. On ignore même aujourd’hui où l’œuvre se trouve. Cette autre version, exposée sous le numéro 173 et reproduite ci dessus, a été faite par un ou plusieurs élèves.

Or il apparaît indispensable pour apprécier le travail qui nous est proposé ici, de nous débarrasser des clichés. L’image du vieux sage quasi démiurgique, sorte de visionnaire, savant à qui rien ne résiste doit être oubliée  pour ne pas risquer d’être déçu. Leonard fut un homme. Un grand homme, certes, mais il ne fut ni infaillible ni parfait.

Le premier cliché à évacuer sera donc celui véhiculé par la sympathique fiction de Dan Brown, « Da Vinci Code ». Ceci est d’autant plus vrai que ceux qui viendraient voir cette exposition comme un prolongement aux livres et aux films seraient forcément rattrapés par la réalité.

Tout le nécessaire pour préparer sa visite se trouve sur la page presse du musée du Louvre. La biographie du maître y est résumée pour en laisser l’essentiel, et ne s’embarrasse pas d’informations difficiles à vérifier et qui pourraient ternir l’image du créateur et altérer le jugement. On pourra par la suite, si la curiosité nous a piqué, entamer des petites recherches.

Enfin, le troisième défi et non des moindres, est de gérer la foule attendue pour un tel événement. On se souvient des queues spectaculaires qui ont accompagnées les premières semaines de l’exposition dédiée au grand Eugène Delacroix. C’est pour éviter ce désagrément propre à ternir voire à gâcher la visite, que la direction du musée à décidé de recourir à un système de réservation par internet.

Si au premier abord cette démarche peut sembler un peu « administrative », c’est un mal nécessaire, car si l’on imagine qu’il est fort peut probable que l’on puisse profiter d’une visite intimiste, on aura au moins la garantie de ne pas devoir bâcler son parcours, épuisé par une attente monstrueuse et par une expérience muséale digne d’un jour de solde dans les grands magasins.

Ce préambule vise à insister sur le fait qu’il faut accepter quelques réalités pour ne pas risquer d’être déçu.

  • Léonard De Vinci a finalement peu peint. Il ne faut donc pas s’attendre à voir un nombre spectaculaire de chefs-d’œuvre monumentaux. L’exposition dédiée à Delacroix nous avait écrasée de couleur, de vigueur et de lyrisme. Cette fois, on s’attaque à un génie mystérieux. Les pages de codex et les dessins d’études sont beaucoup plus petits. Il faut accepter que ce personnage mythique et immense se révèle par de discrets feuillets, et par l’étude des travaux de ses ateliers.
  • Il faut oublier le personnage occulte tel que décrit dans la littérature. (2)
  • Il est nécessaire de composer avec l’inévitable foule qui partagera notre visite. L’atmosphère des salles est assez sombre, les œuvres protégées par une installation savante mais un peu aseptisée. Il y a une distance entre les objets et les visiteurs. L’âme des œuvres ne nous sautera pas à la gorge comme le plafond de la chapelle Sixtine. Pour autant, la réunion d’autant de trésors sous un même toit a quelque chose d’enivrant qui devrait se propager de façon plus ou moins rationnelle et consciente.

L’EXPOSITION

Les commissaires de l’exposition ont choisi 4 axes liés à plusieurs thèmes pour nous guider dans le parcours complexe de ce maître mystérieux.

Le premier axe: « Ombre, lumière, relief ».

Le deuxième, « Liberté ».

le troisième, « Science ».

Le quatrième, « Vie ».

Grands axes, illustrés dans leurs salles respectives par les 179 œuvres exposées.

Ces thèmes sont liés au parcours géographique et chronologique de la vie de De Vinci, qui naquit dans la nuit du 14 au 15 avril 1452, et mourût à Amboise le 2 mai 1519. Il commença à Florence, où il fut l’élève du sculpteur Andréa Del Verrocchio. C’est ainsi que le visiteur entamera sa visite par la découverte d’un Bronze immense commandé à Verrochio au 1467, et des études réalisées par ses élèves pour la réalisation des draperies. Ce bronze, prêté par la « chiesa e museo di Orsanmichele » de Florence, est ainsi réuni aux études préparatoires disséminées habituellement au sein des collections européennes. On poursuivra avec des œuvres et études illustrant les jeunes années et influences. On nous propose des réflexogrammes permettant de voir les dessins préparatoires ensuite recouverts par la peinture. Ce procédé infrarouge permet en outre d’attribuer un dessin à Leonard, qui était gaucher et dont le dessin présente les caractéristiques.

Le second axe, celui résumé sous le terme « liberté » propose des œuvres tels que La Madone aux fruits, La Madone aux chatsLa belle ferronnière, le  Musicien, la  Vierge aux rochers.

Portrait d’une dame de la cour de Milan, dit à tort La Belle Ferronnière © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Ces œuvres traduisent la volonté du peintre de dépasser le caractère figé d’une image fixe, et ses recherches pour donner l’illusion du mouvement.  C’est ce qu’il nomme « componimento incolto » et qui trouvera son accomplissement technique dans l’incomparable « Sfumato » (3)

Le troisième axe présente le Léonard « scientifique ». Baudelaire regrette dans un de ses articles critique sur l’Art Romantique, que les peintres aient pour beaucoup, perdu cette curiosité pour le monde qui les entoure, curiosité qui caractérisait De Vinci. C’est pourtant  ici que beaucoup pourraient être déçus de constater que nombre des « expériences » décrites dans ses feuillets sont souvent « errantes et imparfaites » (4) On attend la perfection d’un génie, on n’admet ni le tâtonnement ni les échecs…C’est dans cette salle néanmoins que l’on pourra arracher quelques secondes à la foule pour se confronter au fameux Homme de Vitruve  prêté par la gallérie dell Accademia de Venise.

 « L’Homme de Vitruve » © Galleria dell Accademia, Venezia, Italia.

Le quatrième axe, baptisé « la Vie » cristallise l’aboutissement de ses recherches : transcender la représentation fixe, et figée par l’image, du sujet et lui donner l’illusion de la vie. Ce que la brochure de l’exposition nomme « le temps de la Cène, de la Sainte Anne, du portrait de Lisa del Giocondo, de la Bataille d’Anghiari, et du Saint Jean Baptiste, moment inaugural de l’Art moderne »

 La figure démiurgique que l’on connaît par le présumé dessin autoportrait prends ainsi un nouveau sens : Le Dieu Vinci créa l’Art moderne..

Attribué à Léonard de Vinci, « Autoportrait de Turin » dessin à la sanguine entre 1512 et 1515

On appréciera grandement que les potins et autres rumeurs qui alimentent les querelles d’éphèbes concernant l’identité des « modèles » et les rapports intimes ou obscènes qu’ils auraient entretenus avec le maitre soient ici laissés de cotés.

Si ces questions ne manquent pas d’un intérêt relatif, elles ne sont pas essentielles et polluent le rapport pur à l’œuvre.

POUR FINIR

Pour conclure, j’invite les curieux de tous bords à considérer l’opportunité de visiter cette exposition deux fois. La première avec un minimum de préparation supplémentaire. La lecture du dossier de presse suffira, et vous permettra de « recevoir » l’émotion artistique sans qu’elle soit trop altérée par les interprétations. Dans un second temps, influencé par son propre ressenti, l’on pourra rechercher des textes et analyses, approfondir ses connaissances sur l’histoire de Léonard, ses mécènes, modèles, échecs et succès…et retourner voir les œuvres avec ce nouvel éclairage.

(1) Le portrait de Lisa del Giocondo, communément appelé la Joconde, reste exposé dans la salle des états du musée du Louvre. Vous ne verrez pas les fresques « la Bataille d’Anghiari » ni « la Cène» et pour cause, ce sont des peintures murales qui ne peuvent être déplacées de la salle des Cinq-Cents de Florence pour la première et de la chapelle de Milan pour la seconde. En revanche, une version  de « La Cène » réalisée par Marco D’Oggiono entre 1506 et 1509 est présentée.

(2) La série de romans de Dan Brown, adaptée au cinéma par Ron Howard : « DaVinci code », « Anges et démons », « Inferno ».

(3) Voici la description que fait Cochin de cette technique dans son ouvrage paru en 1836 Lettres à un jeune artiste peintre, chez Guyot frères, Paris au bureau du journal des beaux-arts :

« C’est le moelleux du pinceau, et une certaine incertitude dans le tracé des contours, lorsqu’on les regarde de prés, qui, de distance, n’empêche point la décision des formes. Les Italiens appellent cette façon de peindre sfumato ce qu’on traduirait mal par le mot enfumé…jamais le contour du coté de la lumière n’est sèchement nettoyé ; les reflets du coté de l’ombre ne sont point sur le bord du contour… » La technique pour arriver à cette fin est plus complexe et mystérieuse que dans la description de Cochin, mais l’objectif d’abolir l’impression de contour et la fascination qu’elle exerce y est restituée.

(4)L’engin volant de Léonard tel qu’il le conçoit est un rêve dont la réalisation technique n’est pas   possible.

PUBLICATIONS
Catalogue de l’exposition
Léonard de Vinci, sous la direction de Vincent Delieuvin et Louis
Frank. Coédition musée du Louvre éditions / Hazan. 480p., 380 ill.,
35 euros.
Vie de Léonard de Vinci de Giorgio Vasari, éditée, traduite et
commentée par Louis Frank, assisté de Stefania Tullio Cataldo.
Coédition musée du Louvre éditions / Hazan. 344 p., 24 ill., 25 euros.
Léonard2Vinci
Bande dessinée de Stéphane Levallois.
Coédition musée du Louvre éditions / Futuropolis. 96p., 20 euros.

AUDITORIUM DU LOUVRE
Conférences
MERCREDI 30 OCTOBRE À 12H30 ET 18H30
Présentations de l’exposition
Par Vincent Delieuvin et Louis Frank.
JEUDIS 31 OCTOBRE 2019 ; 14, 21 NOVEMBRE 2019 ; 9 JANVIER 2020 À 18H30
Léonard de Vinci
Cycle de quatre conférences
Du corps de l’homme au corps de la terre : Léonard de Vinci entre art et science, par Domenico Laurenza,
Trinity College, Dublin (31/10).
Léonard dans la littérature italienne de la Renaissance par Enrico Mattioda,
Università degli Studi, Turin (14/11).
Léonard, l’écriture en mouvement, par Carlo Vecce,
Università degli Studi, Macerata (21/11).
Léonard de Vinci et ses oeuvres inachevés, par Carmen C.Bambach,
The Metropolitan Museum of Art, New York (09/01/2020).

Journée d’étude
VENDREDI 25 OCTOBRE À 10H
Léonard de Vinci : l’expérience de l’art
En collaboration avec le C2RMF, le CNRS, IPERION-CH, IRCPParis.

Concerts
VENDREDI 15 NOVEMBRE À 20H
La musique secrète de Léonard. Ensemble Doulce Mémoire
JEUDI 21 NOVEMBRE À 12H30
Dans l’atelier de Léonard. Ensemble Sollazzo

Documentaires
JEUDI 14 NOVEMBRE À 12H30
La Vie cachée des oeuvres : Léonard de Vinci de J. Garcias et S. Neumann, 2011, 52 min.
Coprod. Camera Lucida, musée du Louvre, ARTE France.
VENDREDI 6 DÉCEMBRE À 12H30
Léonard de Vinci, la restauration du siècle de S. Neumann, 2012, 55 min.
Coprod. Nord-Ouest documentaires, musée du Louvre, ARTE France, CRTF.
VENDREDI 13 DÉCEMBRE À 20H
Léonard de Vinci, la Manière moderne. Réal. : S. Paugam. Auteur : F. Kosinetz, 2019, 52 min.
Coprod. Zed, musée du Louvre, ARTE France.

 

 

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