UA-159350346-1

« MAISON DE LA RADIO ET DE LA MUSIQUE » : FESTIVAL PRÉSENCES 2021 – PASCAL DUSAPIN 7

Maison de la Radio et de la Musique – Festival Présences 2021

116 Avenue du Président Kennedy

75016 Paris

Dimanche 7 février 2021

15H00 AUDITORIUM

FRANCISCO CORREA DE ARAUXO
Tiento 16, de quarto tono, a modo de cancion pour orgue
JONATHAN HARVEY
Fantasia pour orgue
PASCAL DUSAPIN
Invece pour violoncelle solo
PASCAL DUSAPIN
Memory (in memoriam Ray Manzarek)
ANA SOKOLOVIC
T Rex pour orgue
(commande de Radio France – création mondiale)
BETSY JOLAS
Musique d’autres jours pour violoncelle et orgue
FRANCISCO CORREA DE ARAUXO
Tiento 59 de medio registro de tiple de segundo tono pour orgue
BERNARD FOCCROULLE
Elegy for Trisha pour violoncelle et orgue
(commande de Radio France – création mondiale)
Sonia Wieder-Atherton, violoncelle,

Bernard Foccroulle, orgue

16H30 STUDIO 104

VALERIO SANNICANDRO
Nouvelle œuvre
(commande de Radio France « Alla Breve » – création mondiale)

OLGA RAYEVA
Nouvelle œuvre
(commande de Radio France – création mondiale)
PASCAL DUSAPIN
Microgrammes, sept pièces pour trio à cordes

PASCAL DUSAPIN
By The Way
MIKEL URQUIZA
I nalt be clode on the frolt
(commande de Radio France – création mondiale)
L’Instant Donné

18H30 AUDITORIUM

TYSHAWN SOREY
For Olly Woodrow Wilson, Jr. – in memoriam
(co-commande de Radio France/Ensemble Intercontemporain – création mondiale)
AGATA ZUBEL
Triptyque pour ensemble 
(co-commande de Radio France/Ensemble intercontemporain – création mondiale)

PASCAL DUSAPIN
Aria, concert pour clarinette et petit orchestre
Quad « in memoriam Gilles Deleuze », concert pour violon et petit orchestre

Martin Adamek clarinette
Hae-Sun Kang violon
Ensemble Intercontemporain
Elena Schwarz direction

Francisco Correa de Arauxo de Acedebo est né en1584 à Séville et mort en 1654 à Ségovie. Organiste et compositeur espagnol il se trouve à une période charnière entre la Renaissance et le Baroque. C’est avec ce compositeur que l’organiste Bernard Foccroulle, nous a accueilli pour son récital à l’Auditorium de Radio France. Quelles merveilles de musique, quelle belle idée de commencer avec un musicien de la renaissance la série de concerts de ce dimanche pour clore ce 31ème Festival de Présences  ! Ont suivi sous les doigts de ce grand artiste qu’est Foccroulle une œuvre de Jonathan Harvey, un hommage à Ray Manzarek, le musicien des The Doors, composé par Pascal Dusapin, puis une œuvre d’Ana Sokolovic, de Betsy Jolas avec la violoncelliste très habitée Sonia Wieder-Atherton.

Avec l’Instant Donné on se posa des questions à l’écoute des commandes faites à Valerio Sannicandro et à Olga Rayeta.

Ligeti disait « soyez original ! ». Il fut un temps où l’on considérait qu’un morceau était bon, que s’il était difficile et impénétrable ; moins il obtenait de consensus, plus le compositeur était content, plus il trouvait sa composition était bonne et réussie. Ces deux jeunes auteurs n’ont pas cherché à inventer de nouvelles techniques, ils ont repris les bons vieux trucs de la musique concrète – bruits faits à partir des instruments classiques, déchirement de papiers, bruissements de plastique etc etc – pour construire leur propre univers. Hélas ce genre de discours paraissait bien scolaire, et on en éprouvait, percevait, un sentiment de vide, de confusion, et une ambition assez limitée. Leur composition paraissait sans issue. Espérons qu’ils évolueront dans un sens plus constructif et surtout plus sincère.

C’est tout le contraire que nous avons senti dans la composition du jeune espagnol Mikel Urquiza, I Nalt Be Clode On the Frolt. Il nous avait l’année précédente, à Présences, déjà fait forte impression avec Ex Voto. Il s’exprime : « Parmi les textes de Got lost, le lied d’Helmut Lachenmann, on trouve une petite annonce rédigée de manière enfantine et drôle à propos d’un panier à linge perdu. À côté de Pessoa et de Nietzsche, le texte peut passer inaperçu, mais j’ai été frappé par la richesse de ses possibilités théâtrales, qu’on aurait pu développer davantage. J’ai parcouru les petites annonces sur internet à la recherche d’autres pépites de ce genre, pour essayer de poursuivre cette intuition. – Dans « Cherche titre », un homme demande de l’aide pour trouver le titre d’une chanson ; mais il ne donne que des informations très vagues : plusieurs styles de musique possibles ainsi que des paroles en anglais tout à fait modifiées par sa compréhension et sa mémoire : I nest be colt, I nalt be clode on the frolt. J’ai écrit une musique d’évocations qui explore la mémoire à la recherche d’un objet introuvable. – Dans « Cherche femme », j’ai mélangé deux annonces qui me semblent bien représenter deux tendances répandues : l’exigence de perfection envers les femmes et l’obsession pour un seul critère : des gros seins. La musique est joueuse et acide, se sert de l’ironie pour rendre ridicules deux textes terribles. – « Cherche maison » est à peine l’énonciation d’un souhait – trouver une belle maison – chuchotée comme si la vibration de la voix pouvait briser le pouvoir du désir. – « Vends maison » est un texte provenant d’une vidéo dans laquelle un Italo-Américain essaie de vendre la maison où ses parents sont morts. Encore en deuil, il exprime sa colère par le vocabulaire le plus grossier dont l’anglais est capable. J’ai remplacé ces mots par d’autres plus inoffensifs, mais la puissance sonore et la violence des propos restent intactes. Cette violence est habillée d’une musique jazzy insouciante, non pas pour cacher son âpreté, mais pour créer un contraste qui l’accentue. Ces quatre chansons – qui parlent de relations plus ou moins commerciales – sont accompagnées par un cinquième mouvement anti-consommation, dont le titre est une phrase d’Henry David Thoreau (1817-1862) : The wind that blows is all that anybody knows. Ce mouvement est interprété sans instrument et peut être joué à n’importe quel moment du cycle : on ne commande pas au vent. Cette manière dont il termine son œuvre, tous les musiciens soufflant dans leur poing, comme pour nous dire tout le reste n’est que silence, donnait du sens à la manière dont il avait construit sa pièce.

La bonne surprise a été d’entendre deux compositions de Dusapin interprétées par l’ensemble L’Instant Donné, confirmant que ce compositeur est plus inventif dans des compostions intimistes.

Avec l’Ensemble Intercontemporain, Pascal Dusapin et Pierre Charvet ont eu raison de terminer par deux chefs-d’œuvres, un concerto pour violon et un de clarinette. Martin Adámek à la clarinette et Hae-Sun Kang au violon, ont su se déjouer des difficultés d’exécution qu’aime inventer (pervers ?) pour les solistes, ce diable d’homme qu’est Dusapin.. Même si le Festival avait mal commencé c’est avec ce feu d’artifice qu’il a terminé !

Cette année, ce sont 11 concerts, 25 compositeurs, 47 œuvres dont 19 de Pascal Dusapin, 19 commandes Radio France, 21 créations mondiales et 1 création française. On se souviendra de la performance de Jean-Frédéric Neuburger en interprétant successivement des compositions de Barraqué et de Dusapin, de la composition d’Eric Tanguy en rapport avec ce que nous vivons, du concerto pour violoncelle de Benjamin Attahir, de la composition de Mauricio Sotelo, du récital de Bernard Foccroulle, celui de Vanessa Wagner avec les Études de Dusapin, et de nombreuses de ses œuvres. Comme chaque année on a des déceptions mais c’est dans le principe même de Présences, la création est toujours aléatoire. Permettre d’inventer, de participer, de révéler c’est tout le talent de Présences et on ne peut que remercier Pierre Charvet, Bruno Berenguer et toute l’équipe de production pour ce passionnant Festival et on attend déjà avec impatience et surtout le public le 32éme Festival.

 

Articles similaires

Laisser un commentaire