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« MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS » : UNE JOURNÉE AU XVIIIÈME SIÈCLE , CHRONIQUE D’UN HÔTEL PARTICULIER

Musée des Arts décoratifs 107, rue de Rivoli 75001 Paris

jusqu’au 4 octobre 2026

Plongez au cœur de l’intimité d’une demeure aristocratique du XVIIIème siècle et de ses habitants, maîtres, domestiques et animaux familiers, grâce à une exposition immersive, intitulée Une journée au XVIIIème siècle, chronique d’un hôtel particulier. Avec plus de 550 pièces originales issues essentiellement des collections du musée, et pour la plupart rarement montrées, l’exposition convoque tous les domaines d’expression des arts décoratifs – boiseries et papiers peints, mobilier, céramique, orfèvrerie, vêtements et accessoires de mode, jouets, bijoux – pour redonner vie à un hôtel particulier parisien dans les années 1780. Dans une ambiance cinématographique, sonore et olfactive, le visiteur est invité à déambuler de pièce en pièce, comme s’il était un proche, un ami ou un invité privilégié de la famille.

À l’intérieur de l’hôtel, distribution et décor obéissent à des règles précises. Au sein de l’hôtel entendu comme maison familiale, Monsieur et Madame disposent de leurs appartements respectifs, tandis que les enfants bénéficient d’un espace indépendant et que les domestiques logent sous les combles. Pour mener grand train, il convient en effet de pouvoir compter sur une quinzaine de gens à son service parmi lesquels règne une stricte hiérarchie.

Celle-ci, dominée par la domesticité masculine, est fonction de la plus ou moins grande proximité avec les maîtres, du degré de spécialisation et de la nature intellectuelle (intendant, médecin, aumônier, gouvernante, etc.) ou manuelle de la fonction.

Le XVIIIème siècle fait de l’horlogerie civile et domestique un bien de consommation désirable, qui, par sa prolifération au sein des foyers aisés, témoigne d’une intériorisation accrue de l’heure par les individus. La nouveauté réside surtout dans l’omniprésence de ces objets, pour lesquels des sommes considérables d’acquisition et d’entretien sont mobilisées. Posséder des pendules vous pose en effet socialement : des emplacements de choix leur sont donc réservés.

Le mobilier, réduit, est à l’unisson : quelques banquettes, une ou deux consoles en bois sculpté et doré, sur lesquelles les domestiques peuvent poser lanternes et autres luminaires portatifs dont ils se servent à l’aube ou à la nuit tombée.

Dès le réveil de Madame ou de Monsieur vers 7 h, un domestique ouvre les rideaux du lit et sert le déjeuner, premier repas de la journée. Le lever est aussi un temps de convivialité : on reçoit ses amis, ses fournisseurs, son secrétaire, ainsi que son directeur de conscience. En effet, aussitôt réveillé, on fait sa prière avant même de s’habiller.

Si la salle de bains est de plus en plus fréquente dans les intérieurs des gens fortunés à la fin du siècle, la possession d’une baignoire reste un luxe et, au quotidien, la toilette à l’eau se limite à l’usage d’une aiguière et de sa cuvette pour les mains et le visage, de larges bassins pour les pieds et du bidet pour les parties intimes. Monsieur, dûment rasé, et Madame s’installent alors pour être coiffés, poudrés, fardés et parfumés. Vient enfin le moment de s’habiller : valet et femme de chambre apportent les vêtements depuis la garde-robe voisine.

Chaque jour, Monsieur consacre quelques heures à la gestion des comptes de ses propriétés, rédige sa correspondance et répond aux obligations de ses charges officielles. Au-delà de ces responsabilités, les gentilshommes du XVIIIème siècle, tout comme très souvent leurs épouses, cultivent le goût de l’étude des sciences, de la philosophie, des arts ou encore des curiosités en provenance de pays lointains tels que la Chine ou le Japon. À l’instar du boudoir de Madame, la bibliothèque de Monsieur est un des lieux les moins formels des appartements. Le maître de céans aime s’y réfugier, alors simplement drapé dans une robe de chambre, vêtement inspiré des tenues orientales.

Après le dîner, deuxième repas de la journée, les jours où elle ne sort pas et ne tient pas salon, Madame se retire dans une pièce bien à elle, le boudoir, objet de tous les fantasmes littéraires du siècle des Lumières. C’est là qu’elle peut s’adonner à la lecture, confortablement assise dans un lit de repos, l’ottomane, ou bien encore à l’écriture grâce à son secrétaire à gradins qualifié de bonheur-du-jour.

En France, au XVIIIème siècle, la religion catholique est celle du roi et domine toutes les couches de la société. Si l’hôtel particulier compte traditionnellement un oratoire privé, on se recueille aussi volontiers dans la chambre à coucher. Madame et Monsieur prient le matin, après s’être levés, et le soir, avant de se coucher. Un crucifix, une image pieuse ou un bénitier se trouvent communément auprès du lit, le plus souvent accrochés à la paroi de l’alcôve, afin de favoriser le recueillement.

Le dîner a lieu dans l’aristocratie entre 14 h et 16 h, tandis qu’il se prend à midi chez le peuple. Avant de s’attabler, on se lave les mains à la fontaine murale. Si depuis le XVIIème siècle les assiettes et les couverts sont individuels et placés devant chaque convive, le verre disposé dans un rafraîchissoir est rempli à la demande par un domestique et rendu après avoir été bu. Au milieu du XVIIIème siècle, la salle à manger en tant que pièce spécialisée dans la prise des repas s’impose.

Après un agréable souper, Madame propose de passer dans le salon de compagnie où, avec quelques amis mélomanes, elle improvise un concert de musique de chambre. La mode est désormais aux petits genres musicaux comme la cantate française, la sonate, les suites et les arrangements des grands airs d’opéra et d’opéra-comique pour deux ou trois instrumentistes. Une fois le concert achevé, les invités se partagent entre les agréments de la conversation où chacun fait assaut d’esprit et tient à se montrer au fait de l’actualité, qu’elle soit politique, littéraire, scientifique ou artistique, et la passion du jeu sous toutes ses formes.

Riches de près de 20 000 œuvres, les collections des XVIIème et XVIIIème siècles offrent ainsi un panorama quasi complet des arts décoratifs de cette période, en termes de matériaux, de techniques et d’usages. Elles rendent compte des savoir-faire d’artisans et d’artistes qui ont établi la renommée des arts décoratifs français à travers le monde. Elles révèlent comment, pour répondre à la demande d’une clientèle aisée, les architecte, décorateurs et ornemanistes aménagèrent des demeures, hôtels urbains ou villégiatures à la campagne, où les intérieurs, dans un souci constant de confort et d’intimité, devinrent l’écrin, au siècle des Lumières, d’un certain art de vivre à la française, élégant et raffiné.

Mobilier et objets d’art illustrent ainsi parfaitement l’histoire du goût à travers l’évolution des formes et du répertoire décoratif qui s’est déployé, de l’exubérance du baroque (1630-1715) à la réaction néoclassique (1755-1815), en passant par les fantaisies de la rocaille (1715-1755) et la fascination pour l’Extrême-Orient. C’est une des plus belles expositions qui est offerte à Paris, il ne faut absolument pas la manquer. Il reste peu de temps…vite !

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