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« Á PROPOS DE VOIX » : BERTUZZI/PONS – POGUET – PATCHORNIK

Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736) écrit son Stabat Mater en 1736 à l’occasion de la fête catholique dédiée à Notre-Dame des douleurs – la pièce évoque les souffrances de la vierge lors de la crucifixion du Christ. Le compositeur hélas disparaît avant d’avoir pu entendre sa création. La partition triomphe par son incroyable puissance expressive et dramatique : les lamentations de Marie y sont profondément humanisées et n’en deviennent que plus universelles. Il fut donné plus de 80 fois au Concert Spirituel à Paris entre 1753 et 1790 ! Il existe même de nombreux arrangements, dont ceux de Bach et de Hiller. Sur le marché du disque on trouve de nombreuses versions soit avec soprano/contralto, soprano/mezzo, soprano/contre-ténor, même avec enfant, des versions plus ou moins académiques avec de célèbres chanteuses d’opéra et d’autres dites baroques. Chacun peut y retrouver sa version, du maniérisme, à l’emphase ou à la sobriété. Si ce Stabat mater appartient traditionnellement au répertoire sacré, il faut dire que Pergolesi brouille les frontières entre les genres, en imaginant une musique des plus bouleversantes.

L’album que propose Christian Mendoze avec son l’Ensemble Musica Antiqua Mediterranea – Indésens Calliope Records UC 103 – est une version avec Elena Bertuzzi soprano et Marie Pons, contralto, c’est un beau duo, et très émouvant. Créé en 1981 à Toulon cet ensemble et son chef se démarque immédiatement des ensembles grâce à des débuts éblouissants : 1984, leur premier disque a été couronné par le Grand prix de l’académie du disque ! Ils ont enregistré de très beaux albums et leurs concerts sont magnifiques.  Cette version est poignante et on y trouve aussi deux excellents Salve Regina, un pour soprano et un autre pour contralto. Cet album fait partie des excellentes versions qu’on peut apprécier,…où pas, Nous on aime ! Qu’en penserait Pergolesi ? Non lo sapremo mai!

Avec la soprano Margaux Poguet, accompagnée par Joséphine Ambroselli au piano et Jules Billé à la contrebassze, on passe dans un tout autre univers, avec des lieder de l’expressionisme, du réalisme sulfureux des cabarets de l’allemagne et la musique dégénérée de Kurt Weill comme la nommait les Nazis et celle de Viktor Ullmann qui sera gazé en 1944 – Je vis, je meurs : je me brûle et me noye/ J’ay chaut estreme en endurant froidure :/  La vie m’est et trop molle et trop dure/ J’ay grans ennuis entremeslez de joye : (Louise Labbé (1526-1566) est un des sonnets qu’a mis en musique Ullmann. C’est un disque donc passionnant, original – Mirare MIR 780 – Margaux s’exprime : « …ce sont des répertoires que j’aime profondément et qui cheminent avec moi depuis des années. J’ai eu envie de créer un dialogue entre ces esthétiques qui peuvent paraître assez différentes mais qui disent toutes quelque chose d’une époque. Elles sont très influencées par une grande quête de sens, qui est primordiale et que l’on retrouve de façon très différente dans les lieder de Berg, dans les chansons de Weill, et également, d’une autre manière, dans les lieder de Ullmann, qui dressent un immense pont entre une poétesse française de la Renaissance, Louise Labé, et la musique allemande du XXème siècle. ».

Voilà un album et une chanteuse d’exception qui a la voix pour chanter ce répertoire, qui a le sens des mots, la phraséologie nécessaire, la musicalité, la théâtralité des mélodies. À quand les Nuits d’été ?

 

En restant dans l’excellence Solo Musica propose un album de compositeurs du XVIIIème siècle – Piccinni, Mozart, Paisiello, Salieri, Haydn – interprétés par Shira Patchornik, – Bella Furia SM 553 – Là aussi on est dans l’originalité, ce sont des arias pratiquement pas entendus. Shira est accompagnée par Chaarts chambert artists. Elle est devenue à trente-trois ans, une des sopranos les plus recherchées pour interpréter le répertoire baroque. Elle a reçu quelques prix dans les compétitions de cette musique qui lui va si bien. Ici elle se sent bien dans ce répertoire plus classique. On apprécie cette album malgré une pochette kitch à souhait donnant une image ringarde à ce bel album. Alors fermez les yeux et écoutez la grâce exquise de cette voix, de cette musique que Marie-Antoinette appréciait tant. C’est une musique de divertissement malgré les scènes tragiques qu’elle décrit et d’ailleurs en fin d’album on peut écouter un divertissement de Mozart, tout à fait charmant. Vivement recommandé !   Á au fait, elle aussi a fait son Sabat Mater avec un contre-ténor, pourquoi pas…

 

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