« ÉGLISE SAINT-EUSTACHE » : Les Pianissimes – REQUIEM ALLEMAND – Johannes BRAHMS

Johannes BRAHMS : Requiem Allemand

Geoffroy Couteau, piano

Tanguy de Williencourt, piano

Anne Marine Suire, soprano

Aimery Lefevre, baryton

Rodolphe Thery, timbales

Choeur de l’Orchestre de Paris,

Lionel Sow, direction

Pour clore la saison parisienne en beauté Les Pianissimes offrent une seule œuvre mais de taille, le Requiem Allemand de Johannes Brahms. Nous entendrons la version pour deux pianos avec chœur et timbales transcrite par Yann Ollivo.

Le cadre impressionne puisque nous sommes dans la nef la plus haute de Paris, celle de Saint-Eustache. La rumeur dit que dans cette église, le son résonne dix secondes avant de s’éteindre (contre sept à feu Notre Dame).

Les deux pianos, étrange mariage entre un Yamaha et un Bösendorfer, trônent sous le grand orgue. Et le chœur de l’Orchestre de Paris vient se placer juste derrière les pianos. Plus de cent chanteurs dirigés par Lionel Sow .

©DR

Arrivent les deux jeunes pianistes Geoffroy Couteau et Tanguy de Williencourt, tandis que Rodolphe Thery “accorde“ ses timbales.

©DR

Grâce à un poste de chef de chœur, Johannes Brahms acquiert très jeune une connaissance du chant qu’il utilisera dans la composition de ce requiem. Il a déjà composé un Petit Ave Maria pour voix de femmes ( op 12) et plusieurs autres essais dans le genre religieux, Le Chant des Morts (op 18) ou Les Marienlieder (op 22).

Accablé par la mort de sa mère, en 1865, il décide de composer une grande œuvre sur un triple sujet, la vie, la Mort et l’Eternité et il fait de ce morceau, non pas une messe liturgique mais une espèce de cantate funèbre sur des textes de la bible traduits en allemand par Luther, loin de la tradition catholique.

Après l’introduction par les pianos et le chœur, s’élève une plainte où déjà s’annonce la douleur, mais dès que la mélodie s’épanouit à pleine voix, on sent qu’entre les pianos et les voix, la lutte sera inégale. Souvenons-nous que les premières versions contemporaines de Brahms ne dépassaient pas les trente choristes. Comme on le dit au cinéma, il y a un défaut de mixage.

L’ensemble, quand il entonne le deuxième chœur, ne manque pas de grandeur, la direction de Lionel Sow est précise et ample à la fois et les pianos (lorsqu’on les entend) rythment parfaitement ce mouvement en forme de marche, ponctuée par les timbales.

Aimery Lefèvre le baryton solo, s’avance sur le devant de la scène et chante “Dieu enseigne moi “ qui plonge vers le néant des vanités terrestres jusqu’à un crescendo qui s’arrête subitement.

© Manuel Marque

Les voix reprennent successivement le thème avec un beau timbre pianissimo avant de développer fortissimo une fugue accompagnée par la brillance des deux pianos, les timbales frappant une seule note, un entêtant.

Quand entre la soprano Anne Marie Suire à la voix forte avec de chauds aigus, la “couleur“ devient plus douce et légère, soutenue par le chœur qui répète : « Je reviendrai, je reviendrai ».

© Caroline Elisabeth Wyatt

Le baryton s’avance en annonçant la Résurrection dans une espèce de dialogue avec les pianos qui peuvent enfin se faire entendre avec la clarté et le brio habituels dans la musique pianistique de Brahms, avant que le chœur et les instruments se déchaînent dans un flot tumultueux où la Vie annonce son triomphe sur la Mort.

Pour que l’œuvre ne s’achève pas dans le désespoir, le chœur proclame : « Heureux les Morts qui meurent dans le Seigneur » et une dernière fugue introduit la reprise du thème initial soutenue par deux pianos tout en nuances.

Tant que l’acoustique de l’église n’a pas nui à la clarté, la cohérence de l’ensemble n’a pas failli, elle a même atteint la plénitude que lui souhaitait le compositeur. Heureusement, la plupart du temps, on a pu succomber à la somptuosité de ce Requiem Allemand.

L’éternel besoin de transcrire de Busoni, Liszt, Rachmaninov et bien d’autres, peut parfois surprendre. Pourquoi cette transcription du Requiem Allemand alors que Brahms a écrit lui-même une réduction pour piano à quatre mains ?

Mais on ne peut que féliciter l’association les Pianissimes d’avoir choisi cette version pour deux pianos et chœur rarement jouée.

Et à la sempiternelle question : « Aimez vous Brahms ? » nous répondons encore une fois : « oui nous aimons Brahms. »

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