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« LA SCALA – PARIS » : Les Schubertiades

 

La Scala -Paris

13 boulevard de Strasbourg

75010 Paris

Les Schubertiades – du 27 au 29 février 2020

©DR

Franz Schubert : Deux Scherzos, D593

Sonate pour piano n°14 en la mineur, D 784

Frédéric Chopin : Impromptus op 29 et op 51

Sonate pour piano n°2 en si bémol mineur op 35 (dite funèbre).

Alessandro Deljavan, piano

© Luca Centola

Après les festivals Chopin et Rachmaninov, La Scala-Paris du 27 au 29 février 2020 a donné une série de concerts consacrée à l’œuvre de Schubert. Pour ces « Schubertiades » ce sont des musiciens issus de la nouvelle génération, tel que le pianiste Alessandro Deljavan qui sont à l’affiche.

Il est toujours agréable de découvrir un pianiste. Alessandro Deljavan, italien de trente trois ans, a joué à travers le monde mais il est encore peu connu en France.

Du vivant de Franz Schubert étaient organisées des Schubertiades. Le compositeur réunissait régulièrement ses amis dans les appartements de ses mécènes viennois. Dans une ambiance fervente et joyeuse, on faisait de la musique, du théâtre, on lisait de la poésie et on buvait du bon vin.

Ce jeudi soir, rien de tout cela. Dans le théâtre de la Scala on ne pouvait compter que sur la musique de Schubert pour être transporté presque deux siècles plus tôt.

Dès les premières notes, Alessandro Deljavan nous attrape, nous captive et sait nous surprendre. On rejoint Schubert dans l’appartement de la famille Schober. La légèreté du scherzo D 593, tout en légers sautillements et en notes piquées, le pianiste les polit, les lustre jusqu’à l’excellence ; s’il joue avec des mitaines noires (sa marque de fabrique), il interprète surtout avec des gants de velours tant son Schubert est feutré, feutré mais pas diminué ou assourdi ; au contraire il est franc, les trilles sont claires et la frappe nette. A l’opposé des jeunes pianistes entendus récemment qui semblent s’oublier dans la virtuosité, ce pianiste italien articule, le sentiment passe avant l’exploit et c’est bien Schubert qu’on jubile d’entendre.

Malgré l’inquiétude qui ronge la sonate D 784, en trois mouvements, la tonalité de la mineur, toujours un peu languissante, imprime au morceau une espèce de nostalgie qui lutte entre légèreté et drame. Schubert atteint d’une maladie vénérienne se sait condamné, il mourra à 31 ans et il entend le glas qui commence à sonner dans son corps. Alessandro Delvajan marque les angoisses du compositeur avec une rare clarté, il respecte les silences et, seule entorse à la rigueur de la musique, il l’accompagne d’amples gestes et n’hésite pas à retirer ses deux mains du clavier pour accentuer les silences imposés par les notes blanches de la partition.

Le passage de Schubert à Chopin se fait sans douleur grâce à l’Impromptu op 29 né d’un thème improvisé par Chopin en 1837 ; espèce de mouvement perpétuel, suite de triolets, véritable envolée lyrique, difficile à jouer mais que rend parfaitement un toucher qui semble survoler le piano.

Après l’apesanteur de l’impromptu, la Sonate Funèbre op 35 change de registre et c’est un vrai dialogue qu’écrit Chopin. Un dialogue entre les deux mains, un sourd dialogue entre la marche et la course, une alternance de traits virtuoses et de thèmes simples et lents sans oublier cette Marche funèbre jouée et déformée des millions de fois dans tous les enterrements solennels d’Europe (et d’ailleurs).

Pour jouer une telle diversité de tons et de rythmes, il faut plus que de l’habileté, il nécessite une authentique sensibilité, une vraie habilité à l’émotion et Deljavan s’y applique et y réussit sans jamais sacrifier à impressionner par la facilité. Sa musique reste fidèle à Chopin, digne et de circonstance, elle échappe au cliché en demeurant dans la retenue, c’est vraiment la Sonate Funèbre qu’a fait entendre Alessandro Deljavan.

Le concert a duré une heure, une heure d’intense attention au service d’une grande musique.

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