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Jusqu’au 7 septembre 2025
Le Palais de Tokyo offre à voir de nombreux artistes, celui qui est le plus intéressant à nos regards est Rammellzee. Cette icône de la scène alternative new yorkaise du début des années 1980 a élaboré une œuvre permettant de repenser la charge politique, poétique et mythologique des lettres.
Il est né le 15 décembre 1960 à Far Rockaway (New York), où il meurt le 27 juin 2010. En 1979, il adopte officiellement le nom de Rammellzee, marquant le début de sa nouvelle identité.
Alors que le wild style s’impose dans le graffiti pour décomposer des langages alternatifs et communautaires, pour donner du flow aux lettres statiques, Rammellzee y voit une renaissance de la pratique des enluminures médiévales permettant à sa génération de reprendre le pouvoir sur les langages corrompus.
Dans son traité publié en 1979, à lire comme un manifeste poétique, Rammellzee déploie ses réflexions sur le langage et développe deux théories qui guideront ses recherches. Avec ce qu’il nomme le Gothic Futurism et l’Ikonoklast Panzerism il affirme qu’il est un descendant des moines du Moyen-Âge et se donne pour mission d’armer les lettres pour élaborer un langage métaphysique guerrier, contre les oppressions des mots et des signes.
Pour déconstruire le langage, pour détruire les lettres existantes et leurs dominations, il faut en armer d’autres : ainsi l’ornement devient armement.
Au début des années 1980, Rammellzee déploie ses recherches pour complexifier son rapport au monde et manipule désormais le dessin, la peinture, la sculpture, la performance et la musique.
Il déjoue les codes virilistes de la scène en développant une identité fluidifiée par un travail de costumes et de manipulation de sa voix avec un vocodeur.
Il collabore notamment avec le Rock Steady Crew en tant que Maître de Cérémonie, et développe une intonation nasale, signature vocale qualifiée de gangsta duck qui aura une influence certaine sur les Beastie Boys, Cypress Hill ou encore MF Doom. En 1981, il est invité à figurer dans le film Wild Style de Charlie Ahearn. En 1982, il participe au New York City Rap Tour, première tournée mondiale des pionniers du hip hop américain, et passe par Londres et Paris. En 1983, Jean-Michel Basquiat produit son vinyle Beat Bop et signe le visuel de ce projet inspiré notamment par Madonna. À cette époque, Rammellzee bouleverse la scène new yorkaise et inspire sa génération, en témoigne l’un des tableaux les plus célèbres de son ami et concurrent Basquiat, titré Hollywood Africans (1983), figurant les portraits de Rammellzee, Basquiat et Toxic.
Impossible à cerner, il s’affirme dans sa complexité et son envie de faire œuvre totale. Il participe à de nombreuses expositions, des États-Unis à Italie en passant par les Pays-Bas. Ses tableaux, exposés plus d’une soixantaine de fois dans le monde, sont aussi surprenants que le personnage, mélange de techniques et de styles alliant l’écriture et la figure. Maître de l’écriture du graffiti depuis 1977, il prône sa propre philosophie : La guerre des lettres, il se heurte, après 1983 et la grande exposition Post Futurism, au monde établi de l’art et à son icône, Andy Warhol. Rammellzee apparait dans le film Stranger Than Paradise de son ami Jim Jarmusch qui était fasciné par sa manière de penser et de créer par écho, en répétitions de gestes, de formes, de matières, de sonorités, de rythmes.
Longtemps retiré dans ce qu’il nommait sa Battlestation, lieu de vie, laboratoire expérimental en retrait et limité d’accès sauf pour les amies proches et celles et ceux qui lui ramenaient sa boisson favorite (la bière Olde English800, du nom de la typographie inspirée des manuscrits médiévaux), Rammellzee meurt dans une profonde indifférence du monde de l’art en 2010. Son œuvre a depuis été exposée au Redbull Center à New York, à la galerie Deitch, au MoMA, a été récemment célébrée par le créateur Virgil Abloh et a fait l’objet d’une monographie publiée par Rizzoli.
Pour en savoir plus sur tous les autres artistes qui sont exposés au Palais de Tokyo : www.palaisdetokyo.com