« AUDITORIUM DE RADIO FRANCE » : LE PHILHAR ET TROIS DES SIX

Le 4 octobre 2019 l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Mikko Franck a joué trois compositeurs du groupe des Six.

Le 16 janvier 1920 dans un article de la revue Comœdia intitulé «  Un ouvrage de Rimsky et un ouvrage de Cocteau : les cinq Russes, les six Français et Eric Satie », le compositeur et musicographe Henri Collet inventait une expression qui connaîtra un succès inattendu, « Le groupe des Six », faisant allusion au « groupe des Cinq » compositeurs jadis rassemblés pour un renouveau de la musique russe autour de Mili Alekseïevitch Balakirev, César Cui, Nicolaï Rimsky-Korsakov, Modeste Moussorgski et Alexandre Borodine.

   

Darius MILHAUD :    Scaramouche, suite pour saxo et orchestre, opus 165c

Le Bœuf sur le toit, opus 58

Francis POULENC :    Sonate pour flûte et piano FP 164

Arthur HONEGGER : Pacific 231, mouvement symphonique n°1, H53

Symphonie n°3 « Liturgique », H 186

Avec Milhaud, on a une musique élégante, gaie, sans prétention, à la française, loin de l’influence de l’allemande, comme celle des compositeurs de la génération précédente – la guerre de 14 est passée par là – ; on est dans les années d’après-guerre, les années folles; le jazz, la word music, sont déjà présents dans la construction de Scaramouche et le Bœuf sur le toit. La sonate de Poulenc même si elle a été composée dans les années 50 est aussi dans cet esprit, avec un côté gouailleur dans l’échange du piano et de la flûte.

La très jeune saxophoniste anglaise Jess Gillan a abordé la Suite op.165 avec brio. Le premier mouvement très véloce a enthousiasmé le public qui n’a pas attendu les autres mouvements pour féliciter cette jeune musicienne. Le deuxième mouvement, très variété, style Fausto Papetti, musique easy listening, nous a fait découvrir une André Rieux du saxo. D’ailleurs son bis sur un best de Duke Ellington était un peu trop baveux et ne pouvait pas nous faire oublier les interprétations mythiques de Hodges ou de Coltrane. On a par contre bien apprécié sa tenue hype qui rend obsolète les pingouins du Philhar – A quand un créateur pour qu’en 2019 ils ne se déguisent plus comme au XIXème siècle ! Les femmes elles, elles ont compris et les chefs d’orchestre aussi.

Même si Mikko Franck abordait ce répertoire pour la première fois, il communiquait à l’orchestre une gaité, une allégresse, que les musiciens lui rendaient bien. La flûtiste Magali Mosnier et l’Hautboïste Hélène Devilleneuve, dansaient sur leur chaise tout en jouant leur partie, très riche dans ce genre de répertoire.

Pour la sonate Magali Mosnier montée sur une paire de talon incroyablement haute et très en couleur, s’est donnée à fond pour la sonate de Poulenc avec le piano de Catherine Cournot un peu en retrait. Le public leur a fait un triomphe !

La musique d’Honegger est très riche harmoniquement, du Berlioz au XXème siècle.

Le plus grand succès public de ce compositeur est Pacific 231.  Sous les doigts du Philhar et mené à la baguette par Franck elle a ronflé comme il se doit ! Honegger a toujours aimé les locomotives et a dirigé son œuvre pour Jean Mitry, réalisateur dans les années 40. Allez un bonus…

©DR

En deuxième partie du concert c’est la Symphonie N°3 du même Honegger qui a eu les honneurs. Elle a été jouée avec beaucoup de tension retenue et de subtilité. Composée après guerre, le compositeur suisse a eu quelques problèmes avec une commission d’épuration et cette symphonie en est le résultat. D’une complexité impressionnante à partir de prières chrétiennes, il s’est lui-même exprimé sur le sens de son œuvre: « J’ai voulu symboliser la réaction de l’homme moderne contre la marée de barbarie, de stupidité, de souffrance, de machinisme, de bureaucratie qui nous assiège … J’ai figuré musicalement le combat qui se livre dans son cœur entre l’abandon aux forces aveugles qui l’enserrent et l’instinct du bonheur, l’amour de la paix, le sentiment du refuge divin ». Cette symphonie demande un effectif important surtout dans les cuivres. Ces derniers sont de très belles qualités au Philhar. Les influences du jazz que l’on trouve chez les deux autres compositeurs des six sont ici aussi très présentes. A l’écouter on se prend à penser à de la musique pour le cinéma hollywoodien comme celle de Franz Waxman par exemple ou peut-être est-ce le contraire ? Le dernier mouvement Dona Nobis Pacem avec le final premier violon-violoncelle était d’une grande émotion dans sa simplicité. C’est une œuvre qui demande une concentration certaine à l’auditeur, elle est peu souvent interprétée et a été chaleureusement applaudit par le public de l’auditorium, très à l’écoute. Cela prouve qu’on peut faire des programmes qui sortent des sentiers battus, les deux prochains du 9 et du 12 octobre sur les six le prouveront.

Une belle est excitante soirée en ce 4 octobre 2019 à l’Auditorium de Radio France.

 

 

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