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« DIRTY GOD » : Un si doux visage

DIRTY DOG

Un film de Sacha Polak avec Vicky Knight, Katherine Kelly, Bluey Robinson, Eliza Brady-Girard, 

Sortie le 19 juin 2019

L’HISTOIRE

Le visage à moitié brûlé et une petite fille de deux ans, c’est tout ce qu’il reste de la relation de Jade à son ex, qui l’a défigurée à l’acide. À la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Pour ne pas couler, Jade n’a pas d’autre choix que de s’accepter, réapprendre à sourire à aimer..

L’AVIS

Vicky Knight, blessée réellement à l’acide, l’actrice principale s’exprime :

« Il y a quelques années, j’ai mis en ligne une vidéo pour parler aux gens de mon accident et de mes expériences ultérieures, pour éduquer les enfants à l’école sur l’intimidation et les injures, etc. Cette vidéo est devenue virale et j’ai eu beaucoup de vues suivies de messages. Un jour, une dame nommée Lucy m’a envoyé un message : « Voulez-vous participer à un film ?». Je pensais que c’était une arnaque, alors je l’ai ignorée. Mais ensuite, elle en a envoyé un autre, et un autre disant : « S’il vous plaît, prenez contact avec moi ». J’ai fini par appeler et elle est venue me rencontrer à Dagenham, où je vis, et nous avons enregistré une vidéo qu’elle a envoyée à Sacha. Puis Sacha a voulu me rencontrer ! Le film a fait ressortir beaucoup de souvenirs et d’émotions douloureuses, mais tout ça a nourri mon personnage. D’une certaine manière, ce film m’a sauvé la vie parce que Sacha et Marleen m’ont fait comprendre que je ne me résume pas à mes cicatrices »

Il est des films qui sont souvent difficiles à critiquer et pose un vrai problème de fond. Le propos de celui-ci peut être très louable. Les attaques à l’acide font l’actualité ces dernières années à Londres et dans d’autres pays où chaque semaine des drames de la sorte arrivent. Ils sont en majorité perpétrés par des hommes contre des femmes, pour des raisons liées à un dépit amoureux, un rejet d’avances sexuelles ou le refus d’une proposition de mariage.

La problématique du film et que partout on a annoncé que Vicky Knight, n’est pas une actrice, mais qu’elle a été touchée réellement dans sa chair – elle a été brulée à 8 ans sur 33% de son corps – On n’est pas dans « Monster » avec la sublime Charlize Theron ; il y a un côté réaliste, documentaire même, qu’il est difficile de ne pas y penser pendant toute la projection. Dès le début du film la réalisatrice, avec intelligence, mêle, le tragique, la beauté organique, même de la poésie pour essayer de nous faire oublier ces cicatrices – on se souvient de Crash de Cronenberg avec la sublimisation, le fétichisme, des cicatrices –  ; le ton du film est donné avec en plus la chanson I am Human.

Le film raconte d’une manière frictionnelle ( ?) comment, handicapée à vie, avec un visage qui choque nos normes esthétiques européennes, on peut se faire accepter par l’autre et vivre une vie banale, celle de tout un chacun. Sacha Polak et Suzie Farrell ont inventé ( ?) des scènes drôles, émouvantes, choquantes, très dures, pour nous faire entrer dans leur fiction ; alors petit à petit on suit comment une jeune femme d’aujourd’hui avec un enfant et avec les réseaux sociaux à disposition peut arriver, avec un handicap visible, à trouver du travail, vivre sa vie sentimentale, sexuelle, comment elle peut positiver face à tous les problèmes classiques de la vie. Alors à nos yeux le sujet prend une autre dimension, car les cicatrices ne sont pas toujours visibles ; le film n’a plus des allures de docu-fiction.

Les raisons d’aller le voir film sont nombreuses :

– La justesse du jeu des actrices Vicky Knight et de Katherine Kelly la mère perverse et narcissique. Mais Vicky Knight fera-t-elle d’autres films ?

– La qualité du scénario, de la photo – Ruben Impens (Grave, Alabama Monroe, …), de la mise en scène de Sacha Polak.

-La musique de Rutger Reinders

Juste une question face à ce si doux visage : doit-on au cinéma prendre un aveugle, un cul de jatte, un manchot, un tueur en série, un muet …pour interpréter « Ray Charles », « My Left Foot », « L’Etrangleur de Boston », ou « La Leçon de Piano » ? N’est-ce pas le talent des comédiens pour nous y faire croire et nous émouvoir ?

Peut-être donnons-nous à « Dirty Dog»  une dimension plus large que celle que voulait aborder Sacha Polak, sinon nous sommes face à un film racoleur. Allez voir le film pour en juger.

 

 

 

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