« FESTIVAL ALLERS-RETOURS » : ENTRACTE

Festival Allers-Retour Chinois – Cinéma d’Auteur Chinois

Studio des Ursulines

10 rue des Ursulines 750105 Paris

Du 24 janvier au 4 février 2020

Ce vendredi 31 janvier jusqu’au mardi 4 février 2020, au mythique studio des Ursulines, il reste encore de très bons films à voir. Ceux qui sont passés ont une seconde diffusion, et pour quelques euros, c’est donné. Ce festival qui est tout récent, à peine trois ans, a été créé par une bande de jeunes gens – Niu Xiaowa, Gaubert Alexis, Ko Yen-Ju, Mao Yuanzhen, entre autres – qui investissent énormément de leur temps pour faire connaître un autre cinéma, moins officiel peut-être, dont la caractéristique est qu’il est réalisé par la jeune génération chinoise qui s’est plus confrontée au monde occidental. Cette année, comme partout, c’est la femme qui est au centre des préoccupation de ces réalisateurs.

Depuis le début du Festival, on a pu voir Saturday Fiction de Lou Ye avec la magnifique Gong Li, Fish Park de Chai Xiaoyu, Balloon de Pema Tseden, Present Perfect de Zhu Shengze, A Dog Barking at The Moon de Xiang Zi, Mosaïc Portrait de Zhai Yixiang, A First Farewell de Wang Lina, Together Apart de Qu Youjia, de Land of Beach Blossoms de Zhou Mingying. Curieusement ce sont les courts-métrages et les documentaires qui nous ont le plus impressionnés. Peut-être que la mondialisation en terme culturel fait que certains réalisateurs(trices) qui ont baigné dans le cinéma occidental, perdent un peu de leur spécificité culturelle, comme il y a un certains temps le cinéma japonais produisait un cinéma pour le monde occidental, pour les festivals européens, américains. A Dog Barking at The Moon de Xiang Zi en est un parfait exemple. Land of Peach Blossoms de Zhou Mingying est tout le contraire. Ce documentaire, un ovni, est fascinant du point de vue du sujet et de la forme. Il a des allures expérimentales – les plans sont mis bout à bout sans une véritable cohésion – à nous de nous faire le montage -, et ne raconte pas mais donne à voir la grandeur et la décadence d’un restaurant – La Source aux Pêchers – qui fonctionne avec système autocratique d’un seul homme, qui a des discours dignes du comité central du parti. En partageant le quotidien du personnel, Zhou Mingying, dont c’est le premier film, montre les rouages d’une époque révolue ( ?) où la corruption de la classe dirigeante est monnaie courante et comment l’exploitation d’un sous prolétariat est orchestrée par un très charismatique fondateur. A voir samedi 1er février. Les courts-métrages (ils repassent samedi 1er février à 20h10) sont passionnants. Deux sortent du lot par leur construction et le leur sujet. A Personal Film about My Past 22 Years est un petit chef-d’œuvre réalisé par le tout jeune Fang Frank. C’est un autoportrait, une reflection sur la mémoire, un bilan sur sa courte vie, sur sa place dans son univers chinois ; c’est un documentaire de 36 minutes qui frôle l’universel. Le texte intelligent, le montage surprenant, avec des animations, des passages fictifs, ne nous laissent pas indifférents, du grand art. Un autre court-métrage plus par son aspect technique est un vrai coup de poing cinématographique, c’est Bridge de Liu Di qui est passé à Annecy. Réalisé en stop motion, est une sorte d’hommage à Akira Kurosawa, les films de sabre japonais. Il dure 22 minutes, il est impressionnant au point de vue réalisation et aussi par le travail sur la bande son. Les autres courts-métrages montrent la force, l’originalité des sujets, des futurs réalisateurs chinois, une belle leçon à méditer chez nous. La femme est au centre des préoccupations des films choisis.

Un bel exemple et un film magnifique de Pema Tseden : Balloon. Vous l’avez manqué vous pourrez le voir en salle début juillet 2020. Au cœur des étendues tibétaines,  Drolkar et son mari élèvent des brebis, tout en veillant sur leurs trois fils. En réaction à la politique de l’enfant unique imposée par Pékin, elle s’initie en secret à la contraception, pratique taboue dans cette communauté traditionnelle. La maigre réserve de préservatifs qu’elle se procure au compte-gouttes devient alors son bien le plus précieux. Le jour où elle surprend ses enfants en train de jouer dehors avec les « ballons » volés sous son oreiller, Drolkar sait aussitôt qu’elle va devoir tout affronter : les reproches des aînés, le poids de la tradition, le regard des hommes. Et une naissance à venir…Sujet brûlant sur la condition féminine, réalisé avec beaucoup de pudeur, d’émotions, d’humour aussi. C’est un beau film, bien réalisé et l’interprétation est incroyablement réaliste. A ne pas manquer à sa sortie. Un film de ce réalisateur tibétain sort le 19 février 2020 : Jinpa, un conte tibétain. A découvrir.

Dimanche 2 février on redonne Mosaïc Portrait de Zhai Yixiang. C’est un film très étrange, encore une histoire de femme enceinte, mais là c’est une toute jeune fille. On entre dans un univers totalement chinois avec des manques, des traditions, des questionnements qui nous interpellent, nous occidentaux. Un film qui peut faire débat. Lundi à 20h30 est redonné Saturday Fiction, un grand film d’espionnage du réalisateur Lou Ye, auréolé par de nombreux prix internationaux (Une Jeunesse Chinoise, Mystery, Nuit d’Ivresse Printanière, Blind Massage), il se passe dans le Shanghai des années 40 avec un superbe casting.

Alors passez un superbe week end en Chine, aux Ursulines, loin des problèmes sanitaires.

Pour toutes informations, achat en ligne : www.allersretoursasso.fr

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