« LA CARAVANE DU PAPE » : Roman historique d’Hélène Bonafous-Murat.

La Caravane du Pape

Hélène Bonafous-Murat

Éditions Le Passage, 372 pages

Sortie le 29 août 2019  

 Leone Allacci, Leo Allatius en latin et Λέων ᾿Αλλάτιος en grec ancien (1586 à Chios Grèce – 18 janvier 1669 à Rome) est un écrivain italien d’origine grecque qui était garde de labibliothèque du Vatican »

Voici ce que l’on peut lire après quelques secondes de recherche internet, au sujet du personnage historique, protagoniste  de ce roman épique.

C’est un peu court, surtout pour décrire un grand homme. Cela nous remet néanmoins en perspective la temporalité qui régit l’accès à l’information et au savoir, en vigueur à notre époque numérique.

En effet, notre impatience à vouloir tout savoir instantanément est assistée par une technologie contemporaine.

Mais cette technologie reste nourrie par le travail séculaire de passionnés de tous bords. Léone Allacci en fut un, et non des moindres.

Hélène Bonafous-Murat en fait partie également, qui nous transmet dans ses romans, comme dans ses expertises d’images du passé (1), une part de cette âme de jadis qui visite encore si souvent  notre inconscient et nos aspirations.

Ainsi, dans son premier livre, « Morsures », Prix du Premier Roman du Rotary Club International 2006, et Prix Alain Fournier 2006, la vie d’une jeune femme allait-elle être bouleversée par la découverte d’une gravure perdue de l’artiste Bellange(2), gravure d’un autre âge, entourée de mystère, et qui conduira à quelques sanglantes péripéties… Si le souvenir est  l’éternité des êtres et des objets, alors le passé vit tout autour, et en-dedans de nous.           Oui, mais revenons à  La Caravane du Pape ;  cessons d’emprunter ces chemins sinueux, ces détours inutiles pour entrer dans le vif du sujet. Encore l’impatience ! Un instant encore. Nous arrivons bientôt à un bref résumé de l’action. Mais il n’est pas inutile, toutefois,  de préciser, que si ce  western européen,  ce  road-movie littéraire palpitant, nous comblera sur le plan de l’intrigue et des rebondissements, il nous remplira  aussi d’émotions. Car s’il est riche en action, le roman ne pourrait se résumer à sa seule action.

Pour transmettre au Vatican le contenu de la précieuse bibliothèque Palatine, confisqué aux hérétiques par le Comte de Tilly en 1622, le légat du Pape Grégoire XV devra  affronter mille dangers. Sacrifiant son confort et les aspirations nobles d’un esprit supérieur et sensible, il traversera des régions hostiles entre la ville d’Heidelberg et Rome, cheminant jusqu’à Munich, puis traversant les Alpes.

En effet, ces contrées furent le cadre de la Guerre de Trente Ans, qui opposa les partisans protestants du Saint-Empire Romain germanique, au camp des Habsbourg, soutenus par Rome et par l’Espagne. Après la victoire du comte de Tilly  et de la Ligue catholique sur les protestants en Bohême, ce dernier déplaça ses troupes dans le comté Palatin du Rhin, et parvint à s’emparer du contenu de la bibliothèque d’Heidelberg, connue pour être la plus importante collection du nord des Alpes.

 

« Le Comte de Tilly »,  gravé par Pieter de Jode, d’après Van Dyck

Vue du château et de l’église du Saint-Esprit à Heidelberg par Jacques Fouquières , vers 1618, avant la prise de la ville par le Comte de Tilly en 1622.

Un périple digne de la quête de l’anneau unique, tant les trésors transportés par cette compagnie étaient nombreux et le fardeau, pour les mener à bon port, était lourd.

Secondé par des mercenaires, des militaires, des villageois fuyant la misère, Léone tentera de faire arriver ses 196 caisses d’ouvrages à destination, bravant les éléments, le froid, et les attaques d’hérétiques.

Comme le Docteur Faust, il sera soumis à la tentation, incarnée par une jeune nymphe du nom de Lotte. Elle lui rappelle sa jeune sœur, son enfance en Grèce, et trouble son âme. Pour mener à bien sa mission, lui faudrait-‘il consentir à quelque sacrifice, à quelque grand renoncement ? Ce genre de renoncement qui nous hante jusqu’à l’instant  de notre mort… ?

« Vanité : mon nom survivra un temps, mes mots seront lus, avant d’être oubliés et remplacés par d’autres, semblables à ces temples effondrés sur les ruines desquels on a bâti les cathédrales »  Qui se souvient aujourd’hui du dévouement de cet homme ?

Hélène Bonafous-Murat ressuscite brillamment le « Lion de Chios » et le rend attachant et proche, malgré le fossé spirituel qui le sépare peut-être de nous et de nos vies cyniques, de notre nihilisme contemporain. C’est un véritable héros tragique qui revient à la vie sous sa plume ! Plume qui nous ravit, entre autres, par un  usage jouissif du subjonctif, que j’eusse tant aimé entendre et lire plus souvent dans la vraie vie, pourvu que les usages et les modes fussent restés fidèles à notre bon vieux français. Aussi, on se prend à rêver qu’un illustrateur nous offre un jour prochain des images de Lotte aussi inspirées que celles que jeta sur la pierre un Delacroix, figurant Marguerite ou Ophélie…

Ainsi, rappelons-nous  la facilité qui nous est offerte pour consulter les ouvrages peuplant nos belles bibliothèques, quand, dans les  transports en commun, quelque petite péripétie nous retarde, ou quand, sur le chemin de la librairie où nous projetions de commander notre prochaine lecture – et vous savez maintenant j’espère en quoi consistera votre prochaine lecture – quand sur ce chemin finalement si facile, quelques désagréments devaient survenir…

Rappelons-nous que c’est bien peu de chose, comparé aux épreuves et sacrifices consentis par le meneur de La Caravane du Pape ! Et réjouissons-nous de pouvoir profiter si facilement de l’héritage que nous ont légué ses semblables…

(1) Hélène Bonafous-Murat est romancière et expert en estampe. Ses notices de gravures anciennes, modernes et contemporaines sont d’une  grande précision et d’une rigueur qui les font apprécier et rechercher.

(2) Jacques  Bellange (1575-1616) Graveur, peintre et décorateur Lorrain.

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