
Sonates n°3-6-9-11-13 (Quasi Una Fantasia) Sonates n°22-27-29 (Hammerklavier) Pierre Réach, piano Anima 260201
En avril 2022 nous avions fait un entretien avec Pierre Réach. Bien sûr nous avions posé quelques questions à propos de son intégrale des sonates de Beethoven qu’il avait commencé à enregistrer
Lorsque que l’on prépare ainsi une intégrale est-ce qu’on lit tout sur la vie du compositeur, ce qu’il a écrit…ou c’est simplement c’est la partition qui vous guide. Pour moi c’est la partition. Vous savez, les biographies des compositeurs il faut évidemment les connaître. On doit savoir la manière dont ils ont vécu. Avec Beethoven il était sourd, il y a eu le testament Heiligenstadt, etc etc…Il a écrit une des sonates les plus enjouées, les plus heureuses qui soient au moment du testament. Donc d’un côté il disait qu’il avait envie de se donner la mort et de l’autre il écrit les opus 31 dont la troisième est la plus joyeuse qu’il ait composée. Vous savez souvent on entend à la radio des bêtises sur Chopin, qu’il a tant souffert pour écrire sa musique, c’est ridicule de dire cela. On peut écrire des choses tout à fait profondes, étonnantes, exceptionnelles et avoir une vie tout ce qui a de plus ennuyeuse, de même avoir une vie extrêmement agitée, riche, et n’avoir écrit que des banalités. Il y a un écrivain que j’aime beaucoup c’est Haruki Murakami, il dit que la fiction est plus belle que la vie. Les vrais secrets de la vie on les trouvent dans la partition. Chez Beethoven le sommet de sa musique ce sont ses quatuors à cordes et vous voyez dans les sonates les quatre parties sont toujours présentes, c’est le quatuor. Il faut s’inspirer de ça plutôt que de savoir qui était l’immortelle bienaimée. Il paraîtrait que c’était une femme mariée, pas de son milieu social ; il y a quatre femmes aimées mais personne ne peut savoir qui des quatre ! La sonate à Thérèse, la 24, en deux mouvements est dédiée à son amie la comtesse Thérèse von Brunsvik, je pense que c’est elle ! Mais Badura Skoda n’est pas d’accord, pour lui c’est Bettina Brentano, et puis il y a aussi Giulietta Guicciardi a qui est dédiée la Sonate Clair de Lune, mais on ne pense pas que c’est elle la bien aimée…
Pierre Réach est un pianiste incroyable ! À 30 ans, il enregistre des œuvres de Charles Valentin Alkan, d’une rare difficulté technique, puis une version pianistique faite par Liszt de la Symphonie Fantastique de Berlioz et grand écart avec les Variations Goldberg de Jean Sébastien Bach, une œuvre qu’il a mainte et mainte fois jouée, enregistrée. Il aime les chalenges. Faire une intégrale des sonates de Beethoven – il y en a plus de 1000 au catalogue ! – est-ce de la folie ? Qu’importe Beethoven c’est sa vie, comme pour certains pianistes que l’on apprécie. Est-ce une gageure ? Une épreuve ? Non c’est un vrai questionnement que tout grand pianiste peut se poser au milieu de sa vie d’artiste. Se mesurer avec ce géant qu’est Beethoven, avec ses sonates, comme le font aussi les quatuors, ou les chefs d’orchestre avec les symphonies c’est bien naturel. Pierre Réach a ses idées sur ces compositions qui ont été écrites tout le long de la vie du compositeur de 1795 et 1822, il meurt en 1927. Il a même écrit un livre là-dessus. Alors qu’en pense-t-on ? C’est un univers propre à Réach. On peut avoir d’autres idées, préférer certaines versions de sonates offertes par d’autres pianistes depuis que les enregistrements existent. C’est toujours la grande question des intégrales, de leur utilité. Ici on est face à une interprétation solide, intelligente, élégante avec, et ce que l’on peut apprécier, une liberté de ton. On n’est plus dans le classicisme d’une certaine époque, Réach développe des idées d’un homme du XXIème siècle, ce ne sera pas Beethoven qui le contredira. Il y a une idée intéressante dans cette intégrale c’est que chaque album ne propose pas une chronologie :

Le premier : sonates no 16 (no 1 de l’opus 31), no 17 (no 2 de l’opus 31, La Tempête), no 18 (no 3 de l’opus 31, La Chasse), no 30 (opus 109), no 31 (opus 110), no 32 (opus 111), Animla ANM 211201, enregistré les 7-10 juillet 2021

Le second : sonates no 1 (no 1 de l’opus 2), no 4 (opus 7, Grande sonate), no 7 (no 3 de l’opus 10), no 10 (no 2 de l’opus 14), no 12 (opus 26, Marche funèbre), no 14 (no 2 de l’opus 27, Clair de Lune), no 15 (opus 28, Pastorale), no 23 (opus 57, Appasionata), no 24 (opus 78, À Thérèse), Animla ANM 221001), enregistré les 20-24 juin 2022

Le troisième : sonates no 2 (no 2 de l’opus 2), no 5 (no 1 de l’opus 10), no 8 (opus 13, Pathétique), no 19 (no 1 de l’opus 49), no 20 (no 2 de l’opus 49), no 21 (opus 53, Waldstein), no 25 (opus 79, Le Coucou), no 26 (opus 81a, Les Adieux), no 28 (opus 101), Anima ANM 240301), enregistré les 9-13 janvier 2024 Ces enregistrements sont très attractifs, on y voit la réflexion d’un artiste mature face à une immense œuvre de toute une vie, d’un des plus grands compositeurs. Et maintenant cher Pierre, qu’allez-vous faire ?










