« THÉÂTRE DES CHAMPS-ELYSÉES » : Aimez-Vous CHAMAYOU ?

Piano aux Champs-Elysées

Jeanine Roze Production

19 juin 2019

Robert Schumann : Blumenstück op.19

Carnaval op.9

Maurice Ravel : Miroirs

Camille Saint-Saëns : Les Cloches de Las Palmas op.11

Mazurkas n°2 op.24, n°3 op.66

Étude en forme de valse op.52n°

Bertrand Chamayou, piano

C’est trempé littéralement de la tête au pied, due à un déluge violent qui s’est abattu avenue Montaigne, que je me suis retrouvé dans les premiers rangs du Théâtre des Champs Elysées grâce à Jeanine Roze Production, la productrice du concert de Bertrand Chamayou. J’ai pu, pendant le déluge de notes du Carnaval op.9, apercevoir seulement le visage du musicien derrière son piano. J’avoue que Schumann n’est pas un compositeur qui me plaît ; je sais que tous les pianistes adorent l’interpréter et ce Carnaval, un tube, en particulier. Chamayou a un degré de concentration ahurissant. Son répertoire impressionne et il a une faculté de mémorisation étonnante. Alors pendant que ces scènes mignonnes sur quatre notes – A-S-C-H – un rapport avec une ville allemande où était née la fiancée de Schumann de l’époque – Ernestine von Fricke -, je scrutais donc la physionomie de ce pianiste singulier. Dans les moments lents il fixe, vers la droite, le bord du piano, non les touches, simplement le bord, et de temps en temps regarde les cordes comme pour vérifier si elles vont bien répondre aux injonctions qu’il leur ordonne …puis quand tout s’accélère il se concentre sur les touches, ses doigts ; pour moi, de ma place, il baisse la tête. C’est passionnant de ne regarder que le visage d’un artiste et de se demander où il veut nous emmener. Croyez-moi si vous le voulez, à le contempler ainsi, il m’a fait apprécier Schumann et ces rêveries d’un jeune homme de 24 ans qui nous parle de papillons (prestissimo), de sa chère et tendre Chiarina (passionato), de Chopin (agitato), de Paganini (presto) et de ces Philistins (non allegro), ces bourgeois, contre lesquels dans son club avec Eusebius le poète (adagio), Florestan le fougueux (passionato) il voulait lutter. Superficielle cette musique ? Pas pour Chamayou.

A l’entracte, toujours humide, après un réaccord des cordes à l’ancienne, je me suis installé sur un strapontin, du côté du clavier, pour voir les doigts du pianiste défiler sur les touches. Là je n’étais qu’avec ses mains pour les suivre sur Miroirs de Ravel. J’avoue que j’apprécie sa manière simple, près de la partition, qu’il a offert dans son double album consacré à ce compositeur.

Miroirs (1905) est toujours d’une modernité exemplaire et à l’époque on peut comprendre que ce cycle pianistique a décontenancé les musiciens et que Lalo a détesté prétextant que c’était du sous Debussy (lire la réponse de Ravel à Lalo, c’est plein d’humour). Ces cinq pièces sont dédiées à ses amis « apaches » ce club « branché » de copains. Jouer cette œuvre en même temps que Schuman n’est sûrement pas innocent de la part de Chamayou ; on peut y voir une réminiscence schumanienne dans Noctuelles (très léger) et Oiseaux Tristes (très lent). Voir et écouter c’est un plus. Peut-être que son Alborada del gracioso était un peu trop sérieux, mais ce que j’aime avec ce pianiste, très grand technicien, ce sont les moments de calme et comment avec si peu de note il peut nous entraîner dans son monde et bien sûr, celui pas si simple que cela, de Ravel.

Sa redoutable technique c’est avec Saint Saëns que le public l’a applaudi à tout rompre, surtout avec l’Étude en forme de valse opus 52 n°6 et oui il faut aussi faire le show ! Mais en bis il nous a envoûté avec un Ravel et un Debussy plus intériorisés.

Si vous demandiez aux spectateurs pourquoi ils étaient ce 19 juin 2019 au Théâtre des Champs-Elysées, ils vous répondaient c’est pour voir Bertrand Chamayou pardi et le programme importait peu !

Alors : Aimez-vous Chamayou ? Au nombre de bisous qu’il a donné pendant la signature est la réponse. Quant à moi, même trempé, c’est évident !

Pour toutes informations sur les productions de Jeanine Roze 2019-2020

jeanine-production.com

Articles similaires

Laisser un commentaire