
Entretien entre Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro
PUL / Cité Anthropocène – Genre : Épistémologie – Grands débats – Nombre de pages : 72 pages
Sur notre arbre perché ou comment organiser notre pessimisme
En 2025, lors du festival À l’école de l’Anthropocène, a eu lieu un dialogue inédit, animé par la journaliste du Monde Julie Clarini, entre Patrick Boucheron et Eduardo Viveiros de Castro. Ce livre rend compte de cette rencontre, durant laquelle une question essentielle a été posée : face aux défis de la crise climatique, face à la capture du langage par des gouvernements autoritaires incarnés par l’Amérique trumpienne, comment imaginer un avenir commun à l’ensemble du monde vivant et se donner des raisons d’agir au-delà des récits de fin du monde ?

©DR
Patrick Boucheron est un historien français, spécialiste du Moyen Âge et professeur au Collège de France. Il a publié récemment Le temps qui reste (Éditions du Seuil, 2023). Il fait part de son inquiétude devant deux périls majeurs et concomitants : l’aggravation du dérèglement climatique et la montée de l’extrême droite en France comme en Europe.

©DR
Eduardo Viveiros de Castro est un anthropologue brésilien, professeur à l’université fédérale de Rio de Janeiro. Son dernier livre paru en France est Le Regard du jaguar (Éditions de la Tempête, 2021).
Julie Clarini est rédactrice en chef de la rubrique « Idées » au Nouvel Obs.
« Mais aujourd’hui on dégringole tous, et d’assez haut de notre arbre perché. » Patrick Boucheron
À travers des échanges particulièrement stimulants et accessibles, les deux scientifiques nous donnent des clés de lecture et d’action pour affronter les crises écologiques et civilisationnelles contemporaines.
L’idée de ce grand débat était de faire dialoguer un historien et un anthropologue, afin d’éclairer les évolutions et les dynamiques du passé tout en décentrant le regard occidental et en interrogeant ses présupposés culturels. Dans l’intention de refuser la résignation face à l’état du monde, et d’unifier les résistances, sachant que l’histoire c’est l’art de se souvenir de ce dont on est capable et de ce qu’il nous reste à faire. Une ambition qui passe d’abord par la description de notre temps. L’époque anthropocène, la nôtre, est définie comme l’époque durant laquelle les activités humaines, via les processus géochimiques enclenchés, sont responsables de perturbations telles que la Terre est en train de quitter l’équilibre climatique qui prévalait jusqu’au milieu du XXème siècle. Face à cette cruelle vérité : le changement climatique c’est la nature qui change plus vite que la société, nous nous réveillons au milieu de la fin du monde. Toujours au milieu, car il n’y a pas de fin à la fin du monde. Ce qui revient à cette idée que le pire peut toujours être pire. Et aujourd’hui face à Trump et autres Musk on en arriverait presque à parler d’anthropobscène. D’où la nécessité de défendre la rationalité contre ces élites qui prônent les Lumières noires (l’obscurantisme technophile) et veulent détruire le projet moderne d’émancipation sociale par le savoir. C’est là où l’idée de se mettre à la place de l’autre revient comme un leitmotiv (passage obligé) un rien paresseux de l’intellectuel lambda. Les débatteurs ont l’honnêteté ici de se demander si on est vraiment capable de le faire ? À travers le perspectivisme, ils en viennent à souligner la nécessité de penser avec l’autre et de reconnaître que la modernité occidentale n’a pas le monopole des possibles humains. La plus belle idée de cet échange interroge le retournement qui consiste à voir les indiens comme étant des images de ce que nous allons devenir ? Et qui s’incarne dans cette expression de « survivants du futur ». Le peuple de la marchandise c’est-à-dire nous les Blanc, nous allons devenir des indiens au sens où nous allons perdre le monde comme les indiens ont perdu le leur. Nous avons été colonisés par nous-mêmes : nous nous sentons comme colonisés par un système que nous ne comprenons pas, que nous n’acceptons pas et qui, néanmoins, nous colonise. Aussi nous allons devoir passer par l’expérience de se réinventer dans un monde différent.









