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« MUSÉE D’ORSAY » : RENOIR ET L’AMOUR

Esplanade Valéry Giscard D’Estaing

jusqu’au 19 juillet 2026

Auguste Renoir (1841-1919) joue un rôle majeur dans l’invention de l’impressionnisme. Il s’impose aussi comme l’un des grands peintres de la vie moderne selon l’expression du poète Baudelaire aux côtés de Degas, Caillebotte, Manet ou Monet.

À travers cette iconographie singulière de couples libres, d’amis bohêmes, de conversations galantes et de déjeuners conviviaux, il déploie une réflexion profonde sur son temps et sur l’amour, non pas tant comme motif, non pas seulement comme sentiment, mais comme méthode et principe pictural : la peinture comme un art du lien. Issu d’une famille de petits artisans parisiens (son père est tailleur et sa mère couturière), après des débuts comme peintre sur porcelaine, il s’engage dans la voie du grand art .

Il se forme dans l’atelier du peintre académique Gleyre et à l’école des Beaux‑Arts, mais s’en émancipe rapidement pour embrasser la cause du réalisme de Courbet et Manet. Il choisit ses sujets dans le monde contemporain et les dépeint d’une touche franche. Dans son travail s’affirme progressivement un goût singulier pour la célébration de l’amitié et de l’amour, et quelques thèmes qu’il ne cessera d’explorer : le jeune couple, le repas, la foule ou encore le nu. Il vit alors dans la précarité, l’heure est à une certaine vie de bohême et au rejet des normes sociales bourgeoises.

Il fait poser ses amis et modèles dans son jardin ou au bal du Moulin de la Galette, qui lui inspire son œuvre la plus ambitieuse de la décennie. Dans ses tableaux de couples ou de groupes, il se garde de toute anecdote sentimentale ou grivoise. Il célèbre la liberté et l’égalité dans les échanges amoureux et une forme de camaraderie entre les sexes. Cette vision harmonieuse des relations hommes-femmes s’offre en modèle pour l’ensemble des rapports humains, à l’heure où la société française, qui se remet tout juste du traumatisme de la défaite de 1870 et de la guerre civile de la Commune, reste marquée par de nombreuses divisions et violences sociales et sexuelles. Renoir et Lise, son modèle, ne reconnaissent pas les deux enfants nés de leur union, et leur relation considérée comme illégitime (hors mariage) prend fin vers 1872.

Il est l’un des premiers à représenter dans des formats ambitieux, des sujets comme une loge d’opéra ou une rue. Il s’intéresse en effet surtout aux espaces publics – boulevard, café, restaurant, théâtre –, qui sont aussi des espaces de mixité et de séduction.

Entouré de ses amis et de ses modèles favoris, il réalise un ensemble de petits formats aux cadrages novateurs qui célèbrent l’art de la conversation, c’est-à-dire le plaisir de créer du lien par la parole et l’écoute. Il explore le monde des divertissements en bord de Seine dès les années 1860, pour y revenir surtout la décennie suivante, se focalisant sur Chatou, le restaurant Fournaise et l’univers du canotage. Chez lui les corps et les convenances sociales sont relâchés mais sans excès. Dominent une douceur de vivre ainsi que la célébration du temps du loisir et des liens humains.

Le thème du repas s’affirme comme une source d’inspiration majeure pour ses compositions les plus originales, particulièrement Le Déjeuner des canotiers, son œuvre la plus complexe de la période. Chez lui, ce banquet contemporain est une métaphore de l’harmonie sociale dont il rêve mais aussi des satisfactions sensuelles procurées par la peinture. Au début des années 1880, des commandes de portraits de famille ou de fratries poussent cependant le peintre à explorer cette autre forme d’amour.

Il réalise notamment ceux des enfants de son marchand Durand-Ruel et de son mécène Bérard. Malgré le cadre bourgeois de ces commandes, qui impose de la retenue, Renoir leur insuffle un sentiment d’intimité et d’affection qui tranche avec la production de l’époque. L’artiste s’intéresse aussi à la figure de la femme à l’enfant, annonçant l’image de sa compagne Aline allaitant leur fils Pierre, dont la naissance en 1885 constitue un moment charnière dans sa vie et son œuvre.

À l’été ou à l’automne 1882, Renoir se lance dans un nouveau projet ambitieux : peindre des couples de danseurs de grandeur presque naturelle. L’inspiration vient du plaisir éprouvé par Renoir à voir sa nouvelle compagne, Aline Charigot, danser : « ta mère valsait divinement », racontera l’artiste à son fils Jean. Après plus d’une décennie à peindre des jeunes gens se promenant, conversant, déjeunant…

l’artiste les unit enfin dans la danse, ce moment de la vie publique où les corps des hommes et des femmes sont les plus proches, notamment depuis que les danses dites en « couple fermé » (valse, polka) ont remplacé les danses collectives, comme le quadrille. Insatisfait de l’impressionnisme, il renie le travail en plein air et tente de se renouveler par le dessin.

Il délaisse les sujets contemporains pour se concentrer sur des figures et des nus plus atemporels, passant du statut de peintre des idylles modernes à peintre des baigneuses. En parallèle, Renoir s’établit avec Aline et, en 1885, devient père de famille. Il a 49 ans lorsqu’il épouse la jeune femme en 1890.

Peint pendant cette période de changements, Les Parapluies est le dernier grand tableau de Renoir à sujet urbain et la dernière œuvre où s’exprime pleinement son idéal de modernité heureuse et amoureuse. Cette exposition – il reste que quelques jours – vient réinterroger le sens de certains des plus grands chefs-d’œuvre de Renoir, des évolutions de sa technique et aussi des bouleversements sociaux et culturels de l’époque.

 

 

 

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