
De nouveau à l’Orangerie de Bagatelle, en ce dimanche et sous la pluie, la deuxième journée des Musicales de Bagatelle, organisée par la Fondation Banque Populaire. Dans une forêt de verdure, le court central est aménagé avec deux pianos qui se font face et comme au ping pong deux équipes en double qui vont se répondre pendant une bonne heure.

Rodolphe Bruneau-Boulmier, le grand ordinateur de ses deux journées, s’est amusé à proposer à des jeunes pianistes de la Fondation – Gabriel Burliat, Jorge González Buajasán, Virgile Roche, Gaspard Thomas – de jouer une sonate à quatre, composition originale écrite spécialement pour eux, d’Olivier Penard, un arrangement d’Auzende de la célèbre Marche Hongroise d’Hector Berlioz, celle de la Damnation de Faust, et une œuvre iconique Amériques d’Edgar Varèse !

Avec la Sonate à quatre, c’était un geste musical où chaque équipe se répondait. Cette violence rythmique, ces citations musicales, ces multiples couleurs harmoniques, mélangées à la douce pluie de l’extérieur ont tout de suite été plébiscitées par le public.

Cet enthousiasme s’est propagé avec la pièce de Berlioz. Les équipes avaient changé de côté et les partenaires aussi. La suivante, Amériques date des années 20 mais Varèse avait fait des esquisses déjà en 1915. C’est la première composition pour orchestre qu’il a écrite aux États Unis. Elle est d’un seul mouvement. Le début est calme, très debussyste, puis prend rapidement une grande force sismique. L’œuvre est marquée par de féroces dissonances. Elle est d’une modernité éclatante. On penserait qu’elle a été écrite hier. Ce n’est pas, dira Varèse, une musique descriptive mais plutôt un état d’âme, une sensation qu’il avait et qu’il a mise en musique. Il en a fait un arrangement pour piano. Elle demande au public une attention soutenue et les pianistes étaient tous très concentrés. Que du talent !! Le bis de ces quatre fabuleux musiciens était une composition d’un certain Albert Lavignac, professeur d’harmonie de la fin du XIXème siècle. Debussy, D’Indy, Pierné, Schmitt ont été ses élèves. La composition avait des accents sympathiques pour une harmonie. Au fur et à mesure de son entrainante mélodie, les quatre lascars changeaient de place, pour se retrouver, à la fin de l’œuvre, jouant ensemble sur un seul piano !

Ce fut un joyeux récital sous la pluie !! Le deuxième concert vers 17 heures avait prévu qu’on allait Écouter l’Eau. Ah on l’a bien écouté! La verrière où se passait donc ce concert recevait le bruit doux de la pluie /Par terre et sur le toit !/ Pour un cœur qui s’ennuie,/ Ô le chant de la pluie ! S’ennuyer? que nenni ! Rodolphe Bruneau-Boulmier et la Fondation avaient organisé cette deuxième partie avec la volonté d’agir pour l’eau, un enjeu important pour les années à venir. Donc ce programme alléchant offrait des œuvres en rapport avec ce liquide.

Ainsi du Debussy, Ravel, Saint-Saëns, Roussel, Schubert ont été interprétés magistralement par le trio Parrhèsia – Alcide Menetrier, violon, Irène Jolys, violoncelle, Melvil Chapoutot, piano – l’étonnant clarinettiste Joé Christophe et le pianiste Tom Carré. Ce qui était intéressant, qui comme ce fluide, les œuvres se sont succédaient en continuité, sans heurt, comme le ruissellement d’une rivière. Les transitions étaient écrites par un jeune et talentueux compositeur allemand Julian Lemnke. Il a bien sûr étudié au CNSDP et boursier de la Fondation. Ses virgules énergiques et rageuses, étaient en totale contraste avec les œuvres choisies.

Tom Carré et Melvil Chapoutot ont régalé le public avec En bateau et Pour remercier la pluie de Debussy, puis en solo Carré a offert une belle version d’Une barque sur l’Océan de Ravel, et Chapoutot La Cathédrale engloutie de Debussy. Joé Christophe lui a eu un franc succès avec ses clarinettes et cor de basset dans Schubert, Händel, Saint-Saëns, ce n’était que du talent que l’on a écouté.

Le bonheur musical nous l’avons aussi partagé avec le Parrhèsia dans un mouvement d’un trio de Roussel (il a été marin d’où sa présence dans ce concert).

Le final de ce sympathique et humide récital on l’a partagé avec ces musiciens qui ont concocté un très bel arrangement d’Amsterdam de Brel et une version style casino des années vingt, à l’heure du cocktail de la Mer de Trenet ! Curieusement c’est à ce moment que la pluie s’est arrêtée. On a quitté Bagatelle sans être aller voir les fleurs qui en font son succès, en sifflotant évidemment la Mer qu’on voit danser…Que d’eau que d’eau en ce 17 mai ! La Fondation Banque Populaire n’a pas sombré, loin de là mais a réussi sa 18ème édition… ! Le soleil était dans ses musiciens !









